L’arabe est en passe de disparaître du paysage scolaire…

Luc Chatel, prédécesseur de Vincent Peillon rue de Grenelle, avait été alerté il y a deux ans de la situation plus que préoccupante de l’enseignement de l’arabe à l’école. En 2011, signe d’une discipline à l’agonie, aucun poste n’avait été ouvert au Capes. Le ministre s’était alors engagé à relancer les recrutements. Chose promise, chose due, en 2012, « un » poste a donc été proposé au concours. Deux admissibles sélectionnés pour aboutir à ce faramineux résultat de… zéro admis !

Alors que l’arabe est utilisé quotidiennement pas près de trois millions de personnes en France, 200 millions de locuteurs dans le monde (source enquête Langues et cités, Bulletin de l’observatoire des pratiques linguistiques), une infime minorité d’élèves l’apprennent à l’école. Et, plus troublant encore, leur nombre ne cesse de refluer depuis quinze ans. Dans le secondaire, il a été divisé par deux sur cette période pour atteindre aujourd’hui 6 800 élèves. À peine plus de deux cents établissements du secondaire dispensent désormais des cours d’arabe. Près de la moitié des départements ne disposent d’aucune section. Les recrutements dans cette discipline sont à l’arrêt et ne font, de toute façon, plus vraiment recette. L’an dernier, les deux admissibles au Capes ne se sont pas même déplacés pour l’épreuve d’oral. Prof d’arabe ? Pas un métier d’avenir visiblement

« Le service de ces enseignants est le plus souvent éclaté sur deux ou trois établissements. Quand vous devez faire 3 heures de cours ici, 5 heures là, c’est très difficile d’exercer correctement votre métier, de vous intégrer à l’équipe pédagogique », déplore Moktar Elgourari, membre de l’APLV (association des professeurs de langues vivantes), qui comprend que les arabisants cherchent d’autres débouchés. Dans l’indifférence quasi générale, l’arabe est en passe de disparaître du paysage scolaire. Officiellement la demande n’existerait pas ou plus. « C’est complètement faux. L’enseignement secondaire est démissionnaire », affirme pourtant Luc Deheuvels, vice-président de l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales). Comment en est-on arrivé là ?

La France a pourtant été pionnière sur cet enseignement, et ce depuis François Ier, rappelle Luc Deheuvels. L’agrégation d’arabe existe depuis 1906. Par ailleurs, malgré le repli actuel, « notre pays reste le seul pays d’Europe à dispenser des cours d’arabe dans le cadre de l’éducation nationale. Non seulement les autres pays européens ne le font pas mais n’envisagent pas de le faire », souligne de son côté Bruno Levallois, inspecteur général d’arabe et président du conseil d’administration de l’Institut du monde arabe (IMA).

Mais l’enseignement de l’arabe est longtemps resté cantonné dans l’Hexagone à quelques lycées d’élite. C’est au début des années 1970, avec la massification de l’enseignement et l’arrivée d’une importante immigration du Maghreb, qu’il décolle véritablement. Des sections d’arabe s’ouvrent un peu partout pour atteindre dans le secondaire un « pic » au milieu des années 1980 – encore modeste cependant au regard des effectifs des autres langues – de 15 000 élèves.

Les lois de décentralisation, en donnant aux chefs d’établissement la maîtrise de leur enveloppe budgétaire, brisent cette dynamique. Quand, jusque-là, le ministère faisait la carte des options et l’imposait aux établissements que ça leur plaise ou non, les chefs d’établissement commencent à faire leurs comptes. Et ferment à tour de bras les sections de langues « minoritaires », trop coûteuses. Des langues telles que le russe, le portugais ou même l’allemand perdent alors un terrain qu’elles ne regagneront jamais. Les suppressions massives de postes dans l’éducation ces cinq dernières années n’ont fait qu’aggraver le phénomène. Pour l’enseignement de l’arabe, le choc va être plus sévère encore.

La demande se reporte sur des associations  communautaires ou confessionnelles

A la même époque, l’immigration s’impose dans le débat comme un « problème ». Le Front national s’incruste dans le paysage. « Dans l’ensemble de la classe politique l’attitude assimilationniste domine, se souvient Bruno Levallois. Reprenant en partie un réflexe colonial, ils pensent que pour s’assimiler les jeunes immigrés doivent oublier leur religion, leur culture d’origine, la langue de leurs parents. »

La crispation sur le voile à l’école s’inscrit dans ce contexte. Le sujet est politiquement sensible. Les ministres de l’éducation qui se sont succédé depuis quinze ans n’étaient manifestement pas mécontents de ne plus trop avoir la main du fait de la décentralisation. « L’arabe est assimilé dans l’imaginaire de l’époque à la langue des ayatollahs, la langue des mosquées. Dans le milieu enseignant et de gauche, il y avait aussi souvent une réelle crainte que la laïcité à l’école soit mise à mal par ces jeunes musulmans. Du coup, beaucoup de chefs d’établissement ont considéré qu’enseigner l’arabe à l’école était une erreur magistrale et que ces jeunes issus de l’immigration devaient apprendre l’anglais et l’espagnol comme tout le monde », souligne encore Bruno Levallois.

À l’opposé, les tenants de la « pédagogie-couscous », sorte d’idéalisation naïve et non exempte de stéréotypes de la culture d’origine (« Alors Moustapha, tu vas nous raconter comment on prépare le couscous chez toi… »), sont minoritaires et desservent presque tout autant l’image de la langue arabe, la réduisant uniquement à une langue d’immigration. Parallèlement, la demande des familles, qui ressentent que cet enseignement n’est pas toujours le bienvenu dans l’institution scolaire, se reporte de plus en plus sur des associations communautaires ou confessionnelles. « Et là, on trouve tout et n’importe quoi. Souvent les parents ne savent d’ailleurs pas très bien à qui ils confient leurs enfants », regrette Moktar Elgourari.

En fait, alors que cet enseignement ne relève pas de l’État français, c’est paradoxalement au primaire que les élèves d’arabe à l’école sont les plus nombreux. Rue Jean-François Lépine, dans le quartier populaire de la Goutte d’or à Paris, une petite grappe d’élèves se pressent dans le hall de l’école primaire pour le cours d’arabe du mercredi après-midi. Dans le premier degré, via le dispositif ELCO (enseignement des langues et cultures d’origine), ces cours sont assurés depuis la fin des années 1970 par des enseignants financés par l’Algérie, le Maroc et la Tunisie à la suite d’accords bilatéraux passés avec ces pays.

Selon les chiffres fournis par le ministère, 60 000 élèves suivent des cours d’ELCO en arabe. « Nous avons 36 élèves inscrits sur deux niveaux. Les élèves viennent des écoles environnantes », nous explique le directeur Maurice Ould, qui loue dans ce dispositif un rapprochement entre l’école et ces familles lesquelles, grâce à cet enseignement, se sentent plus intégrées à l’école. « Nous apprenons ici l’arabe littéral. Les élèves viennent de toutes origines », précise l’enseignante qui dépend du consulat algérien.

Au départ, il s’agissait pour ces pays de préparer le retour de leurs ressortissants. Puis, tout simplement de maintenir un lien avec leurs enfants et petits-enfants. Reste que cet enseignement, souvent critiqué pour son ancrage communautaire, est aussi rarement à la pointe de la pédagogie. L’enseignante choisit elle-même ses manuels qui sont, pour partie, totalement hors d’âge. L’assiduité des élèves sur cette tranche du mercredi après-midi n’est pas non plus toujours facile à maintenir, reconnaît-elle. « Il y a souvent de quoi vous dégoûter… D’ailleurs beaucoup d’élèves ne restent pas ! » assure Bruno Levallois. Plusieurs études ont pointé ces dysfonctionnements des ELCO, par ailleurs encore très marginalisés au sein des établissements et où malgré plusieurs réorientations successives, l’enseignement reste effectivement bien poussiéreux. Et là aussi les effectifs régressent.

Dans ce paysage sinistré, l’enseignement supérieur tire encore son épingle du jeu. L’arabe est enseigné dans une vingtaine d’universités où 5 000 à 6 000 étudiants suivent des cours d’arabe, le plus souvent en complément de leur formation. L’excellence de certains cursus attire même des étudiants de toute l’Europe. Pour combien de temps ? « À l’Inalco, les postes ne baissent pas mais nous sommes la réserve d’Indiens », admet Luc Deheuvels. « Tout cela reste fragile. Dans le paysage universitaire de la LRU, et sa logique gestionnaire, on risque d’assister au même mouvement que dans le secondaire. »

À moins qu’un volontarisme politique n’inverse la tendance. Bruno Levallois se veut plutôt optimiste. « La société commence à évoluer. Il me semble que le débat commence à être plus raisonnable, même s’il reste très tendu sur l’islam. L’idée qu’on puisse s’assimiler en apportant ses atouts linguistiques et culturels fait son chemin. » En espérant qu’il ne soit pas trop tard…Pour Luc Deheuvels, « les réveils risquent d’être difficiles ».

Source : MediaPart par Lucie Delaporte

 

5 pensées sur “L’arabe est en passe de disparaître du paysage scolaire…

  • 25 janvier 2013 à 21 h 08 min
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    ما شاء الله، إنه على كل شيء قدير

    تكتبون
    Deux admissibles sélectionnés pour aboutir à ce faramineux résultat de… zéro admis !

    اللهم اهدنا صراطك المستقيم لنعلم أبناءنا عربيتك التي فضلتها على لغات العالمين
    آمين

    يا أخانا حنيش

    بات من اللازم أن ننظم صلاة ليس للإستسقاء من السماء وإنما للإستعراب،
    بالعين وليس بالغين

    محمد باسكال حيلوط

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  • 26 janvier 2013 à 12 h 17 min
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    l’arabe et toutes les autres langues enseignées (russe, portugais, italien, polonais, etc.) sont progressivement éliminées de l’enseignement national au profit du seul anglais et de l’allemand, les langues de « l’Europe » et de « l’Occident ». cette guerre contre la diversité culturelle impose que toutes les langues visées s’unissent pour combattre l’impérialisme culturel anglo-saxo-germanique

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  • 27 janvier 2013 à 12 h 10 min
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    bonjour a tous
    la formule est tres simple
    il siffit juste de montrer la valeur de cette langue, non pas par ça richesse culturelle
    c’est malheureux ce que je dit
    ça ne devrait pas etre le cas
    mais monter au jeune que grace a cette langue ils vont pouvoir postulé dans les pays du golf ou en arabie saoudite
    cela est devenu le reve americain pour nos jeunes
    il y a une école a clichy dans le 92 qui dispense la langue arabe pour la classe social qui n’est meme pas magherebine mais plutot française de souche qui a pour parent des personnes qui travail deja avec les pays du golf et qui eux connaissent la valeur de cette langue a travers l’argent
    on pourrais appeler ça un appat si vous le voulais

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  • 27 janvier 2013 à 20 h 38 min
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    Aux Arabes d’abandonner le français et la francophonie s’ils ont du nif. Je ne parle évidemment pas des responsables – vendus à la France depuis toujours – mais des peuples qui se disent attachés à leur culture.

    أيها الإخوان كونوا في المستوى و ارفعوا التحدي
    قاطعوا لغة فرنسا

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  • 3 février 2013 à 17 h 01 min
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    Merci de cet article. La situation est effectivement préoccupante. Il faut cependant replacer ces faits dans leur contexte : [i][b]toutes[/b][/i] les langues étrangères sont en recul actuellement dans l’Education nationale, sauf une. La déferlante de l’anglais emporte tout.
    Or, il est absurde de ne pas conserver et cultiver les connaissances linguistiques des jeunes dont la langue maternelle est autre que le français – surtout dans un contexte de mondialisation.

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