Saïd Bourarach : l’analyse de Caroline Fourest

C’est l’histoire d’une fausse vigilance nommée « deux poids, deux mesures ». Une mentalité comptable particulière, qui consiste à tout quantifier, même l’inquantifiable, pour accréditer l’idée d’un complot. Lequel ? Les médias en feraient trop pour les juifs et jamais assez pour les autres.

Très pratiqué sur Internet, ce sport victimaire a ses professionnels, comme Dieudonné, et ses amateurs en chambre. Sa technique est rudimentaire. Il suffit de compter le nombre de minutes ou de lignes consacrées au moindre fait divers impliquant un juif ou un Arabe. Facile et divertissant. Mais l’inverse du journalisme, qui hiérarchise en fonction du contexte. D’où l’incompréhension entre ces deux univers.

Dernier malentendu en date : la mort tragique d’un vigile, survenue le 30 mars. L’enquête a mis quelques jours à y voir clair. D’où la prudence des journalistes, aussitôt interprétée par les propagandistes. Pour ceux-là, l’affaire est vite vue. C’est un crime raciste. Puisque la victime est arabe et que ses agresseurs sont juifs…

Les premières auditions dessinent un scénario plus complexe. Le vigile, Saïd Bourarach, 35 ans, vient de fermer un magasin de bricolage, à Bobigny, lorsqu’un client et son amie souhaitent faire un dernier achat. Il est 19 h 10. Le vigile refuse de rouvir le portail. Le client (un blond tatoué) dit avoir essuyé une remarque antisémite : « J’ai pas trois minutes pour ta race. » Cette version n’est pas confirmée. Une chose est sûre : l’échange verbal dégénère en altercation. Le client utilise son portable pour appeler frère et cousins à la rescousse. Des petites frappes d’une vingtaine d’années, connues des services de police. Le vigile est menacé, insulté et frappé à coups de cric. S’ensuit une course-poursuite. Son blouson ayant été retrouvé sur une berge, sec, tout porte à croire que le vigile l’a retiré avant de se jeter lui-même dans le canal de l’Ourcq. On y repêchera son corps, couvert d’ecchymoses. D’après l’autopsie, il est mort par noyade.

En attendant le procès, ce sont les faits établis. La défiance raciste a pu jouer, de part et d’autre, mais la motivation raciste n’est pas démontrée. Il s’agit donc d’un fait divers. A moins de vouloir transformer toute altercation entre un juif et un Arabe en affaire politique.

C’est le souhait de l’extrême droite, qui exige depuis longtemps qu’on « ethnicise » la moindre agression, même quand cela n’apporte rien. La même logique anime certains groupes victimaires – l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM-93) ou Egalité et réconciliation (mêlant militants du FN et islamistes) – quand ils se rassemblent pour crier au « deux poids, deux mesures ». Quitte à prendre leurs fantasmes pour des réalités, exactement comme cette femme qui prétendait avoir été agressée dans le RER D.

Aucun média n’aurait parlé du meurtre du vigile ! Faux. Le « 20 heures » de TF1 en a parlé. Mais aussi France 3, Le Figaro, Le Journal du dimanche, Le Parisien, Libération, 20 Minutes et même Marianne (pour dire que personne n’en parle)…

Le meurtre serait impuni ! Faux. Les agresseurs ont été arrêtés et seront jugés pour « violences volontaires ayant entraîné la mort ». Cela n’empêche pas Dieudonné d’imaginer un « sketch » sinistre demandant la libération du principal coupable du meurtre d’Ilan Halimi, Youssouf Fofana, sous prétexte de rétablir la justice. Toujours pour servir le même refrain : la mort d’un juif ferait trop de bruit, et la mort d’un Arabe serait tolérée.

Faux. En 1995, lorsque Brahim Bouarram a été retrouvé noyé dans la Seine, après avoir été tabassé par des skinheads en marge d’un défilé du FN, toute la presse s’en est émue. Comme dans l’affaire Halimi. Dans les deux cas, nous avions affaire à des histoires emblématiques, et non à de simples crimes. Or c’est bien l’intention raciste – et non le pedigree ethnique des agresseurs – qui devrait justifier de polémiquer autour d’un fait divers, si tragique soit-il.

Le vigile et la fausse vigilance, par Caroline Fourest
Le monde | 28.05.10 

 

 

12 pensées sur “Saïd Bourarach : l’analyse de Caroline Fourest

  • 31 mai 2010 à 6 h 26 min
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    C’est une demeurée cette Fourest. Un niveau très bas…
    Arezki

  • 31 mai 2010 à 6 h 29 min
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    Saha,
    Comment peut-elle mentir de cette façon? Les médias n’ont pas parlé de l’assassinat de Bourarach comme il se doit. En rappelant l’affaire du Maghrébin assassiné par les skinheads, elle ne cherche qu’a banaliser l’horrible acte de jeunes sionistes avides de sang!

  • 31 mai 2010 à 11 h 48 min
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    Juste une petite remarque, la France, les politiques, le monde et les medias en générale ont bien change depuis 1995, et reprendre un fait de 1995 pour prouver la bonne foi des journalistes d’aujourd’hui c’est quand même du grand n’importe quoi!!!

    L’argumentation est basée sur un fait de 1995, ca devient pathétique, et même pathologique Mme Fourest!! Depuis 1995 M. BERGEROUX et M. PLENEL ne sont plus la pour vous empêchez décrire de telles sottises, et LE MONDE n’est vraiment plus ce qu’il était

  • 31 mai 2010 à 12 h 50 min
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    Caroline, doit surement être tranqille pour sa futur retraite..elle vivra des jours à l’abri des soucis ! Merci Sarko 🙂

    OU sont nos journalistes d’antan !!!!!!!!!!!

  • 31 mai 2010 à 15 h 26 min
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    Caroline Fourest ne fait que brasser du vent. Après s’être faite eparpillée façon puzzle par T.Ramadan (E.Naulleau), il faut bien qu’elle trouve de nouveaux sujets qui fassent parler d’elle.

    On aimerait bien l’entendre sur le communautarisme juif, les dîners de cons du Crif où politiques de tout bords se font sermonner et distribuer les bons points. On ne l’entend plus notre laique de comptoir quand il s’agit de dénoncer le communautarisme juif.

    C’est beaucoup plus facile de taper sur les musulmans et ça peut rapporter votre pesant de soupes et de lentilles en vendant des livres et en assisstant aux emissions télé/radio.

    Après la menteuse Fourest, la supercherie Fourest !

    Oui Mme Fourest, il existe bien un deux poids, deux mesures. Vous en êtes le parfait exemple.

  • 2 juin 2010 à 11 h 26 min
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    A quand un role dans Brice de Nice 12, a force de surfer sur les pseudo vagues, elle va finir par un etre une surfeuse aguerie à defaut d’etre une journaliste auto proclamé expert en ceci et en cela.
    Mme Fourest vous etes menteuse et en plus malhonnete, autre exemple pour definir votre desinformation et mesinformation, qu es il arrivé au policier reponsable de la collision ayant entrainé la Mort de Zyad et Bouna ? Vous voulez la reponse, rienn nada, quetchi, wallou surtout que l enquetes a prouvé que les faits relatés par le sfonctionnaires étaient faux, et oui ils ont menti sur la vitesse, les circonstances a la police des polices mais resortent libres, et pourquoi ? puisque la police des polices n’est pas chargé de condamner mais d’enqueter. A vous lire et vous entendre, vous etes la preuve vivante (pour les incredules), que l homme descend du singe.
    Et tout comme vos dires, ceci est matraqué dans les tetes sans preuves plausibles et pire avec une multitudes de contre argument (explosion Cambrienne). Pour finir, en terme de groupe victimaire je vous invite à vous recouter et relire, Mme Experte en Connerie Internationale…

  • 2 juin 2010 à 11 h 38 min
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    Fourest parle elle même de l’affaire du RER D où les médias et les élites politiques avaient crié au racisme …avant que l’affaire se révèle fausse. Sans parler des accusations de crimes racistes portant, par exemple, sur l’incendie du centre social juif, reporté par les médias, avant qu’il ne s’avère que c’était une affaire de droit commun interne au centre. Fourest n’est de toute façons plus crédible que pour ses groupies bobos néocons. C’est pour eux qu’elle écrit. Propagande pour un milieu finissant et autiste ! Pas grave, Les chiens aboient, la caravane passe ! …et elle arrivera à sa destination !

  • 4 juin 2010 à 23 h 28 min
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    Il est incroyable qu’un journal comme Le monde puisse se rabaisser à publier ce type d’article totalement idéologique. En vérité Le monde n’est plus ce qu’il était.

  • 15 juin 2010 à 14 h 56 min
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    Je ne crois pas ce que je lis,cette femme a une haine viscérale de L’ISLAM,si elle le pouvait,elle demanderai une loi pour INTERDIRE,CETTE RELIGION.Nous l’avons pas entendu quand le maire de Paris à verser un million d’£uros pour une crèche juive ou les enfants non-juifs sont interdits.Le coup des clés cacher demander par des rabbins pour les ascenseurs dans les immeubles dans 75019,là personne n’a crier à la laïcité.En tout cas, Mr Tarik RAMADAN lui fermer sa sale gueule.Face à lui,elle ne fait pas le poids.Elle est obsédée par lui ou plutôt par son charisme et sa grande intelligence et ça lui est insupportable.Quand Mr RAMADAN est invité,l’audimat de la chaine monte en flèche.Comme pour DIEUDONNE,lui qui ose dire ce que des millions de gens pense.Mais en France ou sois-disant la liberté d’expression est sacrée,critique l’entité raciste fasciste sioniste est INTERDIT.Par contre taper sur les musulmans alors là,toutes les portes des merdias s’ouvre

  • 27 juin 2010 à 16 h 04 min
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    En 95 les medias ont relaté cette affaire car il s’agissait de skinheads lors d’une marche du fn, c’est bon pour les sionnistes(elle oublie de le preciser)!! Mais je me demande si cette journaliste n’est pas sionniste elle-même à l’entendre parler! Elle parle de victimisation alors qu’elle est la premiere a victimiser les femmes cette pseudo feministe

  • 1 février 2013 à 15 h 38 min
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    certe les media ont ont parle a peine 5 minute mais ont transforme la verite en dissant que said aurait dit des insulte envers ses agresseur le premier moi je peut vous dire que said n etait pas comme ca car j ai travailler avec lui est c etait quelqu un de bien et que la justice n a pas fait son travaille je suis francaise et j ai honte de mon pays car il a proteger ses assacins

  • 20 février 2014 à 10 h 20 min
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    Qu’on le veuille ou non il y’a bien deux poids deux mesures entre ces deux affaires. Le traitement le prouve de même que les sanctions encourues des 2 côtés.
    Que l’agression soit raciste ou pas, je ne vois ce que ça change, il y’a meurtre, un meurtre pour l’argent a autant d’importance qu’un meurtre raciste et en l’occurrence je pense que c’en est un.
    Ensuite Fourest évoque la possibilité de propos antisémites de la pat de Bourarach. Question ! On repère immédiatement au physique un noir, un arabe, un asiatique, un blanc, un indien… mais un juif ce n’est pas écrit sur sa figure. Donc comment Saïd Bourarach pouvait il savoir que son interlocuteur était juif à moins de le connaître ce qui visiblement n’était pas le cas.

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