Villepin passe par les banlieues pour marteler son credo social
Écrit par Ilyess   
Mercredi, 06 Octobre 2010 23:27

Une salle de quelque 200 personnes, black blanc beur, où les bourgeois des beaux quartiers côtoient des jeunes de banlieues. Une salle qui rappelle celle, très colorée, du lancement de République Solidaire (RS), le 19 juin dernier. Samedi 25 septembre, Dominique de Villepin a réuni, au Forum Grenelle, dans le XVe arrondissement de Paris, les jeunes de son mouvement.

Comme le 19 juin, l'ancien premier ministre a axé son discours sur la promotion de la diversité, ponctuant son propos de «nouvel esprit», «nouveau visage de la France», «visage d'ouverture», «esprit de solidarité», «mérite républicain». Et dénonçant «le mur» des «élites» qui «s'élève contre nous». «Il faut prendre en compte cette coupure qui s'aggrave», a-t-il averti à la tribune, avant d'enchaîner sur les banlieues: «On ne peut pas accepter que deux mondes vivent côte à côte, que la France soit divisée en deux mondes.»

L'ancien ministre s'est tout particulièrement adressé aux jeunes des banlieues («un jeune sur deux (y) vit en situation précaire»), évoquant «un problème de génération», une «jeunesse précaire», «bloquée», «sacrifiée». «Ce sont 150.000 jeunes qui chaque année sont laissés sans diplôme», a-t-il dénoncé.

Mais dans la bouche de Dominique de Villepin, la thématique de la diversité, et précisément celle des banlieues, est surtout le moyen de parler d'un sujet plus large, devenu son fer de lance: la «justice sociale». DDV ne voit-il pas les banlieues comme un «symptôme» des difficultés du pays? Elles sont «les grandes déclassées de la République» et «accumulent toutes (ses) injustices», a-t-il lancé.

«La vraie question de notre pays, c'est la question sociale. Les élites doivent être à l'image du peuple. (...) On peut montrer du doigt telle communauté, telle ethnie, c'est toujours la question sociale (Ndlr: dont on parle)!», a-t-il lancé.

Côté propositions sur les banlieues, rien de nouveau depuis son discours du 19 juin. L'ancien premier ministre dénonce «une démarche de saupoudrage» et prône la création «de conseils de quartiers élus», d'une «agence de développement économique pour fédérer les initiatives locales et développer l'emploi» et d'une «agence de coordination des services publics, police, justice, mais aussi transports, poste, etc.».

Sur le volet social, plus largement, l'ancien premier ministre a distribué quelques conseils au gouvernement, l'invitant à «entendre les demandes qui sont faites et en particulier l'exigence de justice sociale. Il n'y a pas de grande réforme possible, qui ne soit juste». Evoquant la réforme des retraites, il a plaidé pour une politique de «compromis».

Ce discours est toujours aussi surprenant dans la bouche de celui qui, premier ministre, avait instauré le couvre-feu lors des émeutes dans les banlieues en 2005 et mis des milliers de Français dans la rue lors de la crise du CPE (contrat première embauche) en 2006. L'ancien dauphin de Chirac prend d'ailleurs soin d'évoquer lui-même ce dernier épisode, amorçant comme une autocritique. «Le gouvernement doit savoir faire ce que je n'ai pas su faire au moment du CPE: faire un compromis», a-t-il expliqué sur Canal + le 24 septembre. Il l'a redit devant les jeunes de son mouvement, samedi.

Justice sociale, diversité, banlieues, voilà pour le discours. Mais dans la pratique, certains, en interne, dénoncent une simple «stratégie de communication». C'est le cas d’Asmahane Medjdoub. Cette trentenaire franco-algérienne, qui se présente comme l'ex-assistante de direction (bénévole) du Club Villepin, a claqué la porte du mouvement lors de sa création. Emportant avec elle une petite partie des militants pour créer, en août, «le comité de soutien Villepin 2012». «République Solidaire n’a pas récupéré le cinquième des adhérents du Club Villepin. C’est plus 2.500 adhérents que 25.000», ironise-t-elle en évoquant les chiffres officiels avancés par le mouvement (entre 15.000 et 20.000).

«Surtout, que cette réunion ne soit pas trop colorée»

Interviewée par Mediapart le 16 septembre, elle invoque «un malaise vis-à-vis de la diversité» et «certaines dérives». A commencer par cette recommandation que lui aurait adressée Brigitte Girardin, secrétaire générale de RS (et ancienne ministre de la coopération et de la francophonie de Chirac), lors de l'organisation de la grand-messe du 19 juin : «Surtout Asmahane, que ce ne soit pas trop coloré.»

L'un des responsables locaux de RS s'étonne. «J'avais plutôt eu la consigne inverse... Villepin voulait la France black blanc beur de 1998 dans la salle», rapporte-t-il à Mediapart. «La diversité n'est qu'une stratégie de communication. De là à ce que ces personnes comptent réellement..., rétorque Asmahane Medjdoub. On prétend permettre l'émergence de personnes issues de la diversité alors que le premier cercle (de RS) n'est constitué que de technocrates de la première heure, les députés villepinistes.»

Elle raconte comment Azouz Begag, l'ancien ministre de l'égalité de Villepin (et candidat MoDem aux régionales de mars), a été réquisitionné la veille du lancement de RS pour s'asseoir au premier rang. «Il a de la notoriété, mais il ne représente pas la diversité», s'insurge-t-elle. La jeune femme assure avoir fait venir «2.000 jeunes de banlieues» le 19 juin et être à l'origine de «la tribune United Colors of Benetton derrière Villepin». «Le lendemain j'étais heureuse d'apporter les journaux qui titraient “Les banlieues avec Villepin”, nous explique-t-elle. Je voulais leur montrer à quel point cet arc-en-ciel pouvait les porter loin.»

Brigitte Girardin, elle, ne cache pas son énervement face à ce qu'elle considère comme «une escroquerie» et «une trahison». Asmahane Medjdoub est «une imposture», une «mythomane» «manipulée par des Algériens qui ont fait campagne pour Bouteflika (Ndlr: le président algérien)», assure-t-elle. Elle évoque «le complexe Dati»: «Elle veut se faire sa pub perso. Elle raconte qu'elle veut être ministre, elle a commencé vendeuse! Elle n'a jamais été mon assistante de direction, elle faisait partie de cette dizaine de bénévoles qui géraient les fichiers d'adhésion

Responsable de la mobilisation citoyenne du parti villepiniste, Sihane Arbib, évoque pour sa part «un contrat qu'Asmahane n'a jamais eu car le Club Villepin travaille avec des bénévoles». Consultante en communication originaire de Bondy (Seine-Saint-Denis), aux côtés de DDV depuis 2003, elle raconte à Mediapart l'étonnement dans le mouvement de voir «qu'elle avait créé ce comité de soutien sans rien dire». «Quatre élus de la diversité pilotent nos groupes de réflexion à RS», se défend Brigitte Girardin. «Pour le reste, il ne peut y avoir de comité présidentiel car il n'y a pas de candidature!»

Asmahane Medjdoub assure en tout cas avoir emmené avec elle quelque 2.000 sympathisants et compter 200 adhérents dans son comité. Emails à l'appui (lire notre “Boîte noire”), elle décrit «ces élus, ces militants, ces personnalités venues vers (elle) pour organiser ce comité». «Ils voulaient une autre structure que RS, aller rapidement sur le terrain, monter des comités locaux, sans attendre que le mouvement le fasse.» L'initiative est relayée dans le journal algérien El Watan le 25 août. «Lorsqu'on a lancé cela, j'ai reçu un coup de fil de Brigitte Girardin me menaçant des foudres de l'enfer si je n'arrêtais pas», se souvient la jeune femme.
Asmahane Medjdoub compte dissoudre son comité de soutien à un homme «qui n'a même pas daigné (lui) répondre après un an de travail bénévole au Club Villepin». Le responsable local de RS hausse les épaules: «Elle a eu une déception, un manque de reconnaissance, mais on est des travailleurs de l'ombre, c'est normal. On n'est pas chez les Bisounours. En politique on prend des coups, et encore, RS est un petit parti pour l'instant.»

Boite noire : Asmahane Medjdoub a été interviewée pendant deux heures par téléphone, le 16 septembre, suite à mes échanges avec l'une de ses proches. Elle nous a ensuite fait parvenir un certain nombre de courriels internes de militants du Club Villepin critiquant – entre autres – la structure de République Solidaire, la mauvaise prise en compte de la diversité et la ré adhésion de Dominique de Villepin à l'UMP.
Brigitte Girardin a été interviewée le lendemain par téléphone.
Les autres témoignages ont été recueillis le 25 septembre lors du «Forum des Jeunes Solidaires».

MEDIAPART - 25 Septembre 2010 Par Marine Turchi

 

 

Commentaires  

 
0 #1 LE VESCERIEN 2010-10-12 20:56 QUI DONC PARLE DE BANLIEUES ?
C'est pendant les moments forts que l'on s'en rappelle.Dame Politique, quand tu nous tiens.
Intérêts non ,totalement,dis simulés,quand vous nous tirez par le bout du nez,on n'y peut absolument rien.
Qui a donc lu le livre sur les événements de banlieues de Paris?
VOIR : Edilivre+Athman i
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