Les politiques tentent de convertir les croyants
Écrit par Ilyess   
Vendredi, 16 Mars 2012 22:49

«Je connais personnellement plusieurs candidats à la présidentielle », confie le père Matthieu Rougé, directeur du service pastoral d’études politiques. Il ne dévoile pas lesquels. Liberté de religion oblige, leur croyance ne leur est pas demandée. Pas plus qu’elle ne l’est aux Français lors des recensements. Difficile donc de dénombrer le nombre de croyants, mais selon un sondage effectué en avril 2011 (Ifop pour « Le Journal du Dimanche »), 61 % des Français se définissent comme catholiques – dont 15 % comme pratiquants –, 7 % musulmans, 4 % protestants et 1 % juifs.

Si les votes sont divers au sein des communautés, « l’appartenance religieuse continue d’être fortement liée aux comportements électoraux », rappelle Jérôme Fourquet, directeur à l’Ifop. Les catholiques votent traditionnellement à droite, et plus ils sont pratiquants, plus cette orientation est forte. Les musulmans se prononcent à plus de 90 % pour la gauche. Depuis la seconde Intifada (début des années 2000), les juifs se tournent davantage vers la droite. Les protestants, longtemps proches des radicaux socialistes, se déportent doucement vers la droite. Conscients de leur poids électoral, les candidats cherchent donc à ménager les croyants. Pas tous, bien sûr. « La religion devrait être limitée à la sphère privée », juge Eric Coquerel, conseiller politique du « laïcard » Jean-Luc Mélenchon. Idem pour ­Europe Ecologie-Les Verts. Le Front de gauche comme les écologistes, jugés propalestiniens, sont d’ailleurs pour les ­socialistes des alliés encombrants quand il s’agit de créer des liens avec la communauté juive. Et tous les responsables religieux récusent le Front national.

Sarkozy a élaboré un plan de reconquête du vote des chrétiens

« Si vous vous aliénez 15 % du corps électoral, ça commence mal... », rappelle Jérôme Fourquet, en songeant aux ­catholiques pratiquants. Pour Nicolas Sarkozy, c’est justement de ce rejet qu’il s’agit. « Une partie de la hiérarchie de l’Eglise a dénoncé le discours de Grenoble, analyse le sondeur. Pourtant, la cote de popularité du président n’a pas chuté à ce ­moment-là, mais quelques mois auparavant, au moment de l’affaire de l’Epad et de Proglio. Les notions de mesure, d’équilibre, d’effort, de mérite, de travail sont très importantes dans cet électorat. » Depuis, Nicolas Sarkozy, avec son conseiller ­officieux Patrick Buisson, a élaboré un plan de reconquête : déplacement au Puy-en-Velay, en février 2011, pour célébrer les racines chrétiennes de la France, dîner avant Noël à l’Elysée avec des prêtres, position ferme contre le mariage et l’adoption par des couples homosexuels... L’effort a commencé à porter ses fruits, même si, souligne Jérôme Fourquet, « ils devraient voter moins pour lui qu’en 2007 ».

Fait nouveau, une partie de cet électorat se tourne vers Marine Le Pen. En ­revanche, François Bayrou, catholique pratiquant revendiqué, ne bénéficie pas vraiment de ce désamour. Ses scores étaient très hauts en 2007, mais en 2012 ils devraient l’être moins, à l’image de ceux dans l’ensemble de la population. Côté PS, d’après Jean Glavany, « sur les questions économiques et sociales, sur le statut des étrangers, nous avons un accord implicite avec l’Eglise catholique ». En revanche, ça coince sur le terrain éthique. D’où cette première rencontre, discrète, mercredi 7 mars, entre Hollande et Mgr Antoine Hérouard, secrétaire général de la Conférence des évêques de France, chez le socialiste et catholique Jean-Pierre Mignard. « Le candidat a expliqué sa position sur la laïcité, la fin de vie, le mariage des homosexuels..., détaille ce dernier. Il y avait une volonté de commencer un dialogue. » Le candidat PS a aussi rencontré le pasteur Baty, président de la Fédération protestante de France. « Je l’ai sollicité, affirme celui-ci, pour parler de son idée de constitutionnaliser la loi de 1905. »

Tous les dignitaires religieux dénoncent l'instrumentalisation de la religion dans la campagne

Enfin, Hollande a vu les représentants de l’islam. « Il nous a beaucoup écoutés », confie Mohammed Moussaoui, patron du Conseil français du culte musulman. Le président Sarkozy, ou son entourage, rencontre évidemment aussi régulièrement les représentants des cultes. Et, le 8 mars, François Fillon a reçu les responsables musulmans pour s’expliquer sur sa déclaration mal perçue sur les « traditions ancestrales ». Car tous les dignitaires religieux s’accordent pour dénoncer l’instrumentalisation de la religion dans la campagne. « Le halal est en train de devenir ce qu’était le voile dans les années précédentes », analyse le politologue Gilles Kepel, auteur de « Quatre-Vingt-Treize » (éd. Gallimard). C’est donc surtout dans l’utilisation de supposés « problèmes » liés à la religion que celle-ci est entrée dans la campagne pour capter l’électorat extrémiste. Discours de Grenoble, débat sur l’identité ­nationale, les prières de rue, le halal...

Pourtant, rappelle Claude Dargent dans une étude du Cevipof, « la victoire à la présidentielle est acquise grâce à une avance de quelques points seulement. Le segment électoral que constituent les musulmans peut donc se révéler décisif ». Depuis le mois d’octobre, ­Nicolas Sarkozy a dépêché Patrick Karam pour tenter de convertir les musulmans à la droite. Une tâche difficile. Son prédécesseur à ce poste, ­Abderrahmane Dahmane, qui avait amené au président de nombreux entrepreneurs musulmans, a démissionné avec fracas de l’UMP. Il négocie son soutien à la gauche et appelle « à voter contre l’idéologie islamophobe de l’UMP ». La tentative de l’UMP n’est pourtant pas si désespérée.

Car la gauche, elle, est accusée de ne pas s’intéresser aux musulmans. « Nous avons eu quatorze années de Mitterrand, puis cinq de Jospin, et même pas un strapontin, ni au parti ni au gouvernement », dénonce Dahmane. M’hammed Henniche, le patron de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, ajoute : « La gauche aime les Arabes mais pas les musulmans. La droite aime les musulmans mais pas les Arabes. » C’est donc chez les religieux que l’UMP recrute. Karam enchaîne les réunions dans les mosquées et, mercredi 14 mars à la Mosquée de Paris , le président inaugurera une plaque commémorative en hommage aux musulmans morts lors de la ­Première Guerre mondiale. A la gauche, les religieux reprochent ses positions sur la laïcité et une proposition de loi votée par le Sénat, début janvier, interdisant aux assistantes maternelles de porter le voile. Au PS, on tente de rassurer la communauté. « On leur a dit que c’était une initiative du groupe radical qui ne sera ­jamais votée à l’Assemblée », assure Glavany.

Quant à François Hollande, il devrait aller, dans les quinze prochains jours, dans les quartiers populaires. Il a déjà préparé, confie Jean Glavany, un « discours sur la laïcité, la place des religions dans la société française ». Sans encore savoir quand il le prononcera. Il doit aussi prendre en compte le cas Mélenchon, apprécié pour son discours musclé contre le FN et pour avoir dit que son premier voyage, s’il était élu, serait en Algérie.

Source : Paris Match

 

 

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