| A. Dahmane : "Sarkozy doit cesser d’être amnésique" |
| Écrit par Ilyess | |||
| Mardi, 13 Septembre 2011 15:34 | |||
![]() Un entretien du site TSA (Tout sur l'Algérie) avec Abderrahmane Dahmane, ancien Conseiller de Nicolas Sarkozy. Arnaud Montebourg vient d’effectuer une visite à Alger. Avant lui d’autres personnalités socialistes et de droite sont venues en Algérie. Pourquoi cet intérêt pour l’Algérie ? Mais existe‑t‑il un électorat d’origine algérienne en France ? Il y a une évolution. Aujourd’hui, les attaques directes contre la communauté musulmane ont produit un phénomène incroyable : des inscriptions sur les listes électorale comme cela ne s’est jamais vu dans le passé. Aujourd’hui, les jeunes musulmans disent : nous n’allons pas brûler des voitures ou faire la guerre pour nous faire entendre, nous allons voter. Un vote communautaire. Ils ont compris que la seule façon de se battre contre l’islamophobie et le racisme anti‑algérien, c’est de s’inscrire sur les listes électorales et d’aller voter. La politique de l’identité nationale, le débat sur l’islam, la convention sur l’immigration (ndlr : organisés par l’UMP) ont permis une unité de la communauté musulmane. Mais malgré son nombre important, la communauté d’origine algérienne peine à peser politiquement en France. Est‑elle désorganisée ou mal encadrée ? Le problème, c’est que pendant plus de 40 ans, cette communauté a été encadrée par l’Amicale. Au lieu de lui donner une formation politique et des moyens de s’émanciper, elle l’a policée. Elle ne pouvait rien faire sans l’aval du parti unique en Algérie. Nous avons perdu beaucoup de temps. Mais depuis l’éclatement du FLN et de l’Amicale, en 1989, la communauté est devenue autonome. Elle a commencé à s’intégrer dans le jeu politique français. Elle a adhéré dans les partis politiques de toutes tendances. Aujourd’hui, il ne faut pas refaire le parti unique de la communauté. Bien au contraire. Elle doit être présente dans tous les partis politiques républicains, de gauche et de droite. La communauté va se structurer selon ses convictions, sans s’éloigner du pays d’origine. Qu’attendez‑vous des autorités algériennes ? Les autorités algériennes devraient prendre l’exemple d’Israël et de la communauté juive en France. La communauté juive s’est structurée à partir d’un malheur, la Shoah. La communauté algérienne doit se structurer sur un malheur, le colonialisme, qui a tué des milliers et des milliers de nos parents. Le pouvoir algérien doit reconnaître nos compétences et ne pas nous marginaliser. Au lieu d’essayer de structurer la communauté par une sorte de néo‑Amicale, les autorités doivent l’accepter dans sa diversité. Elles doivent lui permettre de se développer. Pourquoi ne pas permettre à des chefs d’entreprises d’origine algérienne d’avoir des contrats en Algérie ? Ils peuvent apporter un savoir‑faire, un plus. Il n’y a pas que des chômeurs dans la communauté algérienne en France. La majorité sont des travailleurs compétents. Mais quel message doit délivrer le président Bouteflika aux personnalités françaises qu’il reçoit à Alger ? Il doit dire : je n’accepte pas l’idéologie islamophobe ; je n’accepte pas qu’on montre du doigt un seul Algérien en France ! Cet accueil m’a plus que choqué. Il a piétiné les valeurs de mes parents. De ceux qui ont libéré l’Algérie du colonialisme. Et quand ont est chef d’État musulman, comment peut‑on recevoir un homme qui nous a demandé, à nous musulmans en France, de prier en français ? Je pense qu’il n’y a aucun Algérien qui ait accepté que le président accueille un homme qui a piétiné les musulmans en France, qui sont majoritairement des Algériens. Si Copé avait été reçu par le président d’un parti politique, je n’aurais jamais fait de commentaire. Mais il n’est pas le président de la France pour être reçu par le président de la République. Je me suis senti trahi. Car, sur le débat sur l’islam, j’aurais pu faire comme beaucoup d’autres : me taire et fermer les yeux sur les dérapages de M. Copé. Mais je ne pouvais pas trahir mes convictions. Alain Juppé a qualifié la position algérienne sur la Libye d’ambiguë. Quelle votre commentaire ? Tout d’abord, nous n’avons pas à recevoir des leçons de l’ancien colonisateur. M. Juppé a dérapé. L’Algérie de papa c’est fini. L’Algérie est un pays qui a des valeurs. L’Algérie a reçu une famille pour des raisons humanitaires. Elle n’a pas reçu Kadhafi. Pourquoi M. Juppé n’a rien dit quand l’Arabie Saoudite a reçu la famille Ben Ali ? L’Algérie aurait dû lui faire une réponse très forte. Nicolas Sarkozy doit cesser d’être amnésique. C’est par exemple cette Algérie qu’on critique aujourd’hui qui a sauvé Alstom de la faillite*. Source : TSA
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