Le vrai bilan économique de l'immigration
Écrit par Ilyess   
Mardi, 04 Janvier 2011 17:09

Sommaire :
Présentation du dossier
Ce que l’immigration nous coûte
Ce que l’immigration nous rapporte
Les solutions pour relancer l’intégration

Le débat sur la place des étrangers en France fait à nouveau rage, dominé par les imprécations. Pour l’arbitrer, sans a priori, voici des chiffres exclusifs sur l’utilité économique de l’immigration.
Un «déni de réalité». Après les émeutes de 2005 (quatre morts, près de 10 000 voitures incendiées, au moins 200 millions d’euros de dégâts dans plus de 500 communes), le sociologue Sebastian Roché s’insurgeait du silence ayant suivi la tempête : aucun débriefing interministériel, aucune commission parlementaire, aucun bilan. Comme si, écrivait-il, «la fracture des banlieues, la discrimination, la révolte où prévalent les jeunes des minorités» étaient «si énormes que le courage de les regarder en face fait défaut».

Sitôt élu, Nicolas Sarkozy a rompu ce silence. Mais ses mesures pour la galerie (identité nationale, voile intégral, Roms, déchéance de la nationalité) ont surtout provoqué des débats outrés. Pendant ce temps, à Sarcelles (Val-d’Oise), le quartier du Grand-Ensemble, comme des centaines d’autres, s’enfonce dans le chômage et la pauvreté. Or c’est de ces questions économiques qu’il faut s’occuper. C’est là, et non pas sous les burqas, que loge l’origine des difficultés.

«Que les immigrés soient à leur arrivée une population à bas revenus, occupant des emplois peu qualifiés et un habitat modeste, ce n’est pas nouveau, rappelle Jean-Pierre Garson, chef de la division des migrations internationales à l’OCDE. Dans le passé, pour les Polonais, les Italiens et les autres, cela n’a pas été une partie de plaisir non plus. Mais, à l’époque, la France les absorbait dans l’industrie et le secteur public, leur garantissant une forte mobilité professionnelle et résidentielle.»

Aujourd’hui, le recul de cette mobilité forme des ghettos. «Et notre modèle républicain ne sait pas les gérer, car il s’interdit toute distinction selon les origines, poursuit Jean-Pierre Garson. Je suis évidemment hostile à toute forme de fichage, mais il est urgent d’affiner le diagnostic pour mieux cibler les politiques publiques.»

C’est pourquoi Capital s’est lancé dans ce bilan économique. Banale dans les pays anglo-saxons, la moindre évaluation «ethnique» est chez nous soupçonnée d’intentions malignes à l’encontre des quelque 5,3 millions de résidents nés étrangers à l’étranger (dont plus de 2 millions sont aujourd’hui français) ou de la deuxième génération (6,5 millions de personnes ayant au moins un parent immigré).

Retracer leurs parcours, comme la démographe Michèle Tribalat a été l’une des premières à le faire, est pourtant le meilleur moyen de ne pas réduire l’immigration à ses ratés ou à ses clandestins : une nouvelle génération de patrons, banquiers ou médecins, des cohortes de cadres sup, d’employés et d’artistes soutiennent l’économie par leur soif de consommation et leur appétit d’entreprendre, attesté par les sociétés de capital-risque qui opèrent en banlieue.

Reste qu’on n’insulte personne en identifiant aussi les domaines où ça coince, pour mesurer les efforts à accomplir. Prévenons d’emblée : l’approche économique procure moins de frissons qu’une envolée sur l’islam, une pétition contre le fascisme ou un reportage sur la polygamie. Mais elle ressemble furieusement, elle, à la réalité. Car, dans cette affaire, tout le monde pense coûts et bénéfices.

A commencer par les candidats au permis de séjour : «Migrer est un calcul économique, note la députée Sandrine Mazetier, secrétaire nationale du PS à l’immigration. Le prix du départ est élevé, mais justifié par la perspective d’un emploi en France.» Même s’il faut pour cela se montrer peu regardant, comme le montre le poids des immigrés dans les métiers «DDD» (dégueulasses, difficiles et dangereux) : les jobs non qualifiés du BTP, de la restauration ou du nettoyage industriel sont parmi les plus «immigro-dépendants» – comprenez que, si ces employeurs recrutaient plus de «Français d’origine», le surcoût se répercuterait sur le consommateur final…

Nous ne sommes pourtant plus à l’époque des Trente Glorieuses, où les immigrés ont construit 90% des autoroutes et un logement sur deux, selon l’historien Gérard Noiriel dans «Le Creuset français». Désormais, sur une moyenne de 170 000 entrées légales par an, une moitié relève du regroupement familial et moins de 10% du travail. Mais, selon les données assemblées par l’économiste Joël Oudinet, le changement n’est pas si radical : trois fois sur quatre, le motif familial concerne un conjoint adulte, qui finit par se présenter sur le marché du travail.

Nous voilà loin de «l’immigré qui fait venir sa famille nombreuse pour les allocs». Ce que confirme le bilan du poids de l’immigration sur les finances publiques réalisé par des économistes de l’université de Lille (lire ci-dessus). Leurs calculs, confiés en exclusivité à Capital, montrent que le montant des contributions est supérieur à celui des transferts. En particulier, par sa structure d’âge, cette population pèse peu sur les retraites.

Selon le Haut Conseil à l’intégration, qui a compilé des données sur les seuls étrangers, 500 000 touchent leur retraite en France, dont la moitié reçoit une pension moyenne de 610 euros par mois, tant les carrières pleines sont rares. Le Conseil d’orientation des retraites a même calculé qu’une hausse des entrées de 50 000 par an réduirait le déficit des régimes de retraite d’un demi-point de PIB d’ici 2050. Pas négligeable !

Si la jeunesse des immigrés fait du bien à la France, les statistiques montrent parcontre que leur taux de chômage est environ deux fois supérieur à celui du reste de la population. Et, selon l’OCDE, l’écart se maintient pour la «deuxième génération». Le recul de l’emploi industriel et le gel des recrutements de la fonction publique (sauf dans les collectivités locales, où ils affluent) ont grippé la machine. D’autres secteurs ont pris la relève (distribution, commerce, services à la personne), mais cette tertiarisation est synonyme de précarité (fort recours aux CDD et au temps partiel) et accroît la proportion d’immigrés dans les grandes zones urbaines, où ce type d’emploi domine.

C’est clair dans l’étude «Trajectoires et origines» publiée par l’Insee et l’Ined au début de l’année : 32% des personnes de 18 à 50 ans ayant au moins un parent immigré se trouvent en Ile-de-France, avec une forte disparité entre les enfants d’Espagnols et d’Italiens issus d’une immigration ancienne (qui représentent la plus grosse part des quadras et ne sont que 16% à vivre en région parisienne) et ceux des immigrés d’Afrique subsaharienne, installés deux fois sur trois dans la région capitale et dont 60% ont moins de 26 ans.

Cette cartographie le montre, l’intégration mérite une approche bien plus fine que celle des statistiques nationales. Prenez la délinquance : à l’échelle du pays, on ne connaît que celle des étrangers (et non celle des naturalisés ou de la deuxième génération). Elle est supérieure à leur poids démographique (11,9% des mises en cause pour 5,8% de la population), ce que la part des hommes et des faibles revenus dans cette population suffit à expliquer.

Bref, ce chiffre global ne reflète en rien ce que constatent tous les jours policiers, juges, éducateurs, élus et habitants des zones urbaines sensibles, ainsi que plusieurs sociologues peu suspects de xénophobie. Selon Sebastian Roché, dont le rapport au Premier ministre sur «Les violences urbaines de l’automne 2005» visait à expliquer pourquoi les voitures avaient brûlé dans une ville plutôt que dans une autre, «le niveau de pauvreté dans l’ensemble d’une commune n’est pas un indicateur suffisant du risque de violences urbaines» : c’est à hauteur de quartier qu’il faut étudier le chômage, la taille des familles, les revenus ou la densité par logement.

Malheureusement, depuis trente ans, on observe à la longue vue depuis le sommet de l’Etat, d’où l’échec de politiques trop uniformes dans l’enseignement, la rénovation urbaine ou le développement économique. Un gâchis, alors que les initiatives ciblées, souvent lancées par le secteur associatif ou les entreprises, font leurs preuves. «Face à la ghettoïsation, il faut aider en priorité les villes pauvres, plaide le maire de Sarcelles, François Pupponi, partisan d’un transfert de moyens depuis les communes aisées. A Paris, le Vélib’ coûterait un peu plus cher, mais, chez nous, on financerait les cantines.»

Même plaidoyer de Jean-Pierre Garson à l’OCDE, qui veut aussi placer les immigrés devant leurs responsabilités : «Améliorer les conditions de logement exige une politique précise, explique-t-il. Abattre les barres d’immeubles ne suffit pas, il faut choisir les bonnes, et aussi casser le ghetto dans la tête des immigrés, car, souvent, pour envoyer le plus d’argent possible au pays, ils compressent leur budget logement avec des effets terribles sur l’échec scolaire.»

La disette budgétaire ne favorise pas ce combat cage d’escalier par cage d’escalier. En 2008, le «plan Marshall pour les banlieues» de Fadela Amara n’avait «pas abouti», selon l’expression d’Henri Guaino, conseiller du président. Mais peut-être Mme Bettencourt, M. Pinault et autres mécènes des beaux-arts pourraient-ils voler au secours des quartiers défavorisés ? Aux Etats-Unis, le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, vient de donner un coup de pouce aux écoles de Newark, la ville la plus pauvre du New Jersey, à 54% noire : un chèque de 100 millions de dollars.

Frédéric Béghin

Ce que l’immigration nous coûte

5 milliards d’euros pour le chômage, 2,6 milliards d’aides au logement, 316 millions pour les demandeurs d’asile…
Moins qualifiés, plus souvent au chômage et ayant plus d’enfants en moyenne, les immigrés touchent d’avantage d’aides (chômage, allocations familiales…) que le reste de la population. C’est ce que montrent les chiffres que nous publions ci-après. Mais ils participent aussi au financement de la protection sociale et, au final, contribuent plus qu’ils ne reçoivent.

Cet équilibre «positif» au niveau national est rompu au niveau local. Des villes comme Sarcelles (voir ci-dessous), où 66% des enfants de moins de 18 ans sont d’origine étrangère, n’ont absolument pas les ressources financières pour faire face aux problèmes liés à l’importance de leurs communautés immigrées. «Il faut aider nos villes pour détruire les ghettos», s’alarme donc François Pupponi, le maire de Sarcelles.

Patrick Chabert.

Allocations

Elles profitent à 40% des familles africaines
Les familles immigrées touchent plus souvent les «allocs» que les autres, à cause des fratries nombreuses : on y trouve trois fois plus de familles de quatre enfants que dans la population générale. Résultat ? Ces prestations profitent à 30% des personnes originaires du Maghreb et à 40% de celles issues du reste de l’Afrique, contre un quart des familles «autochtones». Mais, selon les démographes, dès la deuxième génération, la fécondité des femmes s’aligne sur celle du pays d’accueil.

Chômage

Jusqu’à 30% dans certaines banlieues de Paris
Les sans-emploi sont plus nombreux chez les immigrés que dans le reste de la population, avec un taux de chômage de 15,2%, contre 7,3% en 2007, selon l’Insee. Mais ce taux atteint 30% dans les zones urbaines sensibles de la région parisienne (Insee 2006) et l’écart se creuse chez les jeunes actifs : 35% des Marocains de 30 à 39 ans au chômage en 2007, comme 36% des Africains et 25% des Asiatiques, contre 7,5% des Français. Cette surreprésentation se retrouve dans le calcul par l’économiste Xavier Chojnicki des indemnités touchées par les ménages immigrés (5 milliards d’euros en 2005, lire page 60). Elle n’est pas seulement liée à une moindre qualification : dans l’étude menée par le Céreq en 2004, les jeunes bac + 3 avaient un taux de chômage de 13% avec deux parents étrangers, contre deux fois moins avec des parents français.

Clandestins

Eric Besson voulait chiffrer le coût des illégaux
Face aux critiques, Eric Besson, lorsqu'il était ministre de l'immigration, a lancé un audit des coûts de l’immigration illégale. Certains sont déjà connus. Ainsi, depuis 2000, les sans-papiers gagnant moins de 634 euros par mois peuvent obtenir l’aide médicale d’Etat (AME), un an de prise en charge à 100% du tarif de base pour le forfait hospitalier, la maladie et la maternité. L’an dernier, sur un budget de 550 millions d’euros (contre 233 millions en 2005), la dépense a, en réalité, atteint 620 millions pour 210 000 bénéficiaires.

D’où un contrôle accru. Difficile, par définition, de vérifier les revenus des illégaux, mais, en 2008, une enquête des Affaires sociales a montré qu’en Ile-de-France environ 70% des bénéficiaires travaillaient ou avaient travaillé récemment, une part d’entre eux dépassant sans doute le plafond de ressources. Deux bémols à ces soupçons : selon un rapport signé de l’Inspection des finances et de l’Inspection des affaires sociales, la moitié des frais sont concentrés outre-mer ; et, selon les autorités, 70% des dépenses vont aux 10% de malades exigeant des soins lourds, notamment contre le sida. Parmi eux, seule une minorité évaluée à 10% vient se faire soigner en connaissance de cause pour profiter du système.

Outre l’AME, ce chiffrage intègrera l’hébergement d’urgence pour certains étrangers en situation irrégulière (150 millions d’euros, selon le ministère), l’accueil scolaire gratuit des enfants et des ados (plusieurs centaines de millions d’euros) et le manque à gagner fiscal et social entraîné par le travail clandestin, qui atteindrait 2 milliards d’euros. Il ne faudra pas oublier d’ajouter la facture de cet audit, confié à un mystérieux cabinet privé.

Délinquance

Dans les quartiers, plus de crimes et moins de policiers qu’ailleurs

Dans ce foyer du nord de Paris, les 70 à 80 jeunes accueillis chaque année sont presque tous français. Mais «à plus de 90% nés dans une famille comptant un parent étranger», explique, sans tabou, le directeur de la structure. Educateurs et juges pour enfants le savent bien, les enfants d’origine étrangère sont surreprésentés parmi les jeunes délinquants – même si aucune statistique ne vient confirmer cette impression.

Pour les étrangers au sens strict (qu’ils soient nés en France ou ailleurs), les chiffres existent et ne sont pas bons : selon l’Observatoire national de la délinquance, près de 127 000 ont eu affaire à la police et à la gendarmerie en 2008, soit 11,9% du total des mises en cause (mais 19% des affaires de trafic de drogue et 47% des vols à la tire) pour seulement 5,8% de la population. Mais, pour leurs descendants, il faut s’en remettre au patient travail de quelques sociologues. A Grenoble, en 2002, Sebastian Roché a ainsi découvert que 66% des mineurs jugés avaient un père né à l’étranger. Plus récemment, Hugues Lagrange a étudié des cohortes d’ados de Mantes, Nantes et Paris, pour mettre au jour le poids de l’origine sur la délinquance.

Dans son échantillon, 4,7% des ados issus de familles françaises depuis plusieurs générations ont été verbalisés, contre 11,2% des ados de familles maghrébines et 16,5% des ados de familles originaires du Sahel. Ces travaux montrent une surdélinquance en fonction des origines, même quand les scientifiques comparent à niveau social égal. Elle devient spectaculaire dans les «quartiers», où se cumulent échec scolaire, chômage et pauvreté. Cette criminalité coûte cher, mais pas en policiers : la meilleure répartition géographique des effectifs de police reste un vœu pieux. Comme le notait en 2008 «Le Figaro» : «A Neuilly-sur-Seine, 126 policiers traitent environ 3 000 faits par an, quand des villes de même taille emblématiques des violences urbaines, comme Gonesse (95) ou Les Mureaux (78), disposent du même effectif pour le double de faits.»

Expulsions

12 000 euros par reconduite selon Eric Besson, 21 000 euros selon le Sénat
La politique d’éloignement a coûté 232 millions d’euros l’an dernier pour 19 800 expulsés (hors départs volontaires), disait le ministère de l’Immigration. Près du double, dit la commission des Finances du Sénat, qui retient le chiffre de 20 970 euros par personne, contre 12 000 euros au ministère. Et encore, sans avoir pu intégrer certains frais judiciaires. L’association Cette France-là parle, elle, de 2,05 milliards par an ! «Fantaisiste», répondaient les services d’Eric Besson, dont l’estimation s’appuie sur un récent rapport de l’Inspection générale de l’Administration.

Logement

L’aide va à 30% des familles africaines, contre 15% des ménages français
Près d’un tiers des familles à faibles revenus composées de deux personnes venues d’Afrique (Maghreb compris) touchent les aides aux logements (le montant versé aux étrangers est estimé à 2,6 milliards par Xavier Chojnicki). La proportion tombe à 15% pour les ménages français. Quant aux immigrés venus d’Europe, plus souvent propriétaires, ils n’ont pas plus recours à ces aides que les autochtones.

Réfugiés

316 millions d’euros pour les demandeurs d’asile
Première destination des réfugiés en Europe, la France consacre 55% du budget d’Eric Besson à leur accueil : 316 millions d’euros pour quelque 50 000 demandes en 2010. Pendant l’examen du dossier (20% d’admis), on a dépensé l’an dernier 231 millions d’euros pour les loger (dans 275 centres d’accueil, plus les solutions d’urgence), 53 millions en allocations versées et le reste en sub¬ventions à l’Ofpra, l’organisme qui traite les demandes, et aux associations humanitaires. Depuis 2007, le nombre de dossiers repart à la hausse. Les plus représentés : Kosovars, Sri Lankais, Arméniens et Congolais.

Santé

Un fort recours à l’hôpital mais peu de dépenses
Une tour de Babel : aux urgences d’un hôpital parisien, des dizaines de patients d’origine étrangère tentent de se faire comprendre des infirmières. «C’est une population qui consulte moins les généralistes et spécialistes que la moyenne, analyse un médecin. Alors ils atterrissent chez nous». L’abus du recours aux urgences, caractéristique des ménages pauvres, est encore plus patent, pour des raisons culturelles, chez les immigrés.

Mais cela ne veut pas dire que ces derniers plombent les coûts de la Sécu : alors qu’ils représentent 8,3% de la population, ils consomment moins de 3% des dépenses de santé. Parce qu’ils consultent moins lorsqu’ils sont malades (35% n’ont pas de couverture complémentaire) et parce que les arrivants sont plus jeunes – donc en meilleure santé – que la moyenne nationale.

Zones franches

La fin des exonérations de charges
A La Courneuve, celle qui englobe la cité des 4 000 a permis la création d’environ 700 jobs entre 2005 et 2009. Créées en 1996 dans les quartiers sensibles, les 100 zones franches urbaines ont réussi, grâce à une série d’exonérations, à soutenir l’emploi. Un récent rapport du Conseil économique et social a ainsi dénombré 126 700 salariés dans 45 000 entreprises. «Sans exonérations, 60% d’entre elles n’auraient pas vu le jour», estime le rapport. Mais le système a du plomb dans l’aile. Jugé trop coûteux (2,4 milliards d’euros rien qu’entre 2003 et 2007), il est appelé à disparaître le 31 décembre 2011.


Ce que l’immigration nous rapporte

18,4 milliards de taxes sur la consommation. De la main-d’œuvre dans les métiers délaissés. Des milliers de start-up
Pour 80% des Français issus de l’immigration, l’intégration fonctionne», affirme Hakim El Karoui, banquier d’affaires chez Rothschild et Cie et fondateur du Club XXIe siècle, où se côtoient 500 chefs d’entreprise, cadres, avocats, médecins ou hauts fonctionnaires d’origine étrangère. Car, derrière cette élite, «des centaines de milliers de consultants, directeurs de magasin, commerciaux et ingénieurs s’en tirent par le haut, renchérit Soumia Malinbaum, directrice du développement de la société informatique Keyrus et présidente de l’Association française des managers de la ­diversité (AFMD). Et bien entendu ils consomment, voyagent, paient des impôts…» Revue de détail de ces plus pour l’économie.

Nathalie Villard, avec Séverine Bourdon.

Business ethnique
Nestlé, L’Oréal et les autres ciblent les Noirs et les musulmans

Le marché des produits halal pèse 6 milliards d’euros et progresse de 10% par an, selon l’institut Xerfi. Depuis 2007, Nestlé, leader mondial du créneau, a créé une quarantaine de produits Maggi et Herta destinés aux musulmans. Fleury Michon, Labeyrie ou Pierre Martinet lui ont emboîté le pas. « L’acheteur type est jeune, de classe moyenne et friand de marques, car ces produits sont 10 à 20% plus chers », souligne-t-on chez Casino, créateur en 2009 de la première MDD halal, Wassila. Même euphorie dans les cosmétiques. La Sofres estime que 900 000 femmes noires de plus de 18 ans vivent en France. Et, selon les géants de la beauté, elles dépensent en moyenne cinq fois plus en maquillage (et six fois plus en produits capillaires) que les autres ! L’an dernier, L’Oréal a dégainé sa gamme Mixa pour peaux foncées, et recruté l’ex-Miss France Sonia Rolland pour ses pubs. La ligne représente déjà 10% du chiffre d’affaires de la marque.

Consommation
Le pouvoir d’achat des nouvelles classes moyennes dope l’économie

Selon le calcul de l’économiste Xavier Chojnicki pour Capital, les ménages immigrés ont versé, en 2005, près de 18,5 milliards d’euros de taxes sur la consommation. Une part supérieure à leur poids démographique, ce qui montre que, en dépit d’une forte proportion de familles pauvres, une bonne part de cette population s’embourgeoise. Pas mesuré à l’échelle du pays, ce phénomène saute aux yeux dans les quartiers prisés par ces nouveaux riches, où il booste l’économie locale. Comme à Bussy-Saint-Georges, dans la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, où plus d’un tiers des 20 000 habitants sont d’origine asiatique. L’association du bouddhisme khmer y côtoie l’Amicale thakhekienne du Laos culturel, le conservatoire enseigne le pipa et le guzheng, mais on n’est pas à Chinatown. «Une maison et un jardin», voilà le «rêve» qui a attiré Julie Tran, une Cambodgienne arrivée dans les années 1980 après avoir fui les Khmers rouges et les camps de réfugiés. En 2002, avec son mari, commercial dans une société informatique, et leurs deux enfants, elle a quitté La Courneuve pour un pavillon de 155 mètres carrés où un large écran plat trône face à un superbe canapé cuir. La clientèle asiatique représente ainsi 20 à 30% du ­chiffre d’affaires des agents immobiliers de Bussy. « Ce sont surtout des cadres de banque, des informaticiens et des ingénieurs, qui ont quitté Lognes, Torcy ou Noisiel parce qu’ils aiment les maisons neuves, majoritaires à Bussy », explique un professionnel. Depuis le milieu des années 1990, l’afflux a transformé la ville, trois fois plus peuplée et dotée d’un parc d’entreprises riche en activités high-tech. Mais gare à ce que les nouveaux venus ne repartent pas : «Si possible, nous irons vers ­Magny-le-Hongre», annonce en effet Julie Tran. Parce que les maisons sont plus grandes et les jardins plus verts…

Emplois non qualifiés
Les salariés à faible coût font ­baisser les prix

Ce sont les métiers DDD : « dégueulasses, difficiles et dangereux », mal payés avec des ­horaires impossibles. Dans le nettoyage (métro, bureaux…), Joël Oudinet, économiste à Villetaneuse, a évalué la part des travailleurs étrangers à 42% en 2007, et à 25% dans la construction et la restauration. Autant de jobs «pris» aux chômeurs français ? Non, explique Joël Oudinet, qui constate surtout une concurrence «entre nouveaux arrivants et immigrés précédents, sur des postes non voulus par les autochtones». Et pour cause : dans le nettoyage, le salaire horaire moyen (8,52 euros brut) et le temps partiel (75% des contrats) expliquent un revenu moyen inférieur à 700 euros par mois. Seuls les migrants sont preneurs. Les employeurs s’y retrouvent, comme l’ensemble de l’économie, puisque ces faibles coûts se répercutent sur les prix jusqu’au consommateur final. Si le BTP employait ses manœuvres à des conditions acceptables par les Français, une maison neuve coûterait beaucoup plus cher…

Exportations
La double culture des cadres fait gagner des marchés aux entreprises

Aucune statistique, mais un constat unanime chez Orange, Lafarge ou Alcatel : confier à un manager issu de l’immigration une direction Maghreb, Afrique ou Asie est un atout. « Ma double culture m’aide à gagner la confiance de nos clients », explique Makhlouf Lebeze, centralien d’origine algérienne et patron de Schneider Electric pour le Moyen-Orient et l’Afrique. Le carnet d’adresses est aussi précieux. «J’ai une sorte de complicité avec les acteurs du business africain», reconnaît l’avocat d’affaires Barthélemy Faye, né au Sénégal et associé au cabinet Cleary Gottlieb.

Fiscalité
Les foyers immigrés paient 16 milliards d’impôts à l’Etat et aux collectivités

La population immigrée est surreprésentée parmi les bénéficiaires de prestations sociales, notamment parce que 30% de ces familles, selon l’Insee, vivent sous le seuil de pauvreté, contre 5% des familles françaises. Mais n’omettons pas leur contribution aux finances publiques : selon le calcul de Xavier Chojnicki, elles ont payé en 2005 près de 7 milliards d’euros sur les revenus, 2,5 milliards en impôts locaux et 6,2 milliards de CSG-CRDS.

Hôpitaux
Certains services tournent avec 50% de médecins étrangers, moins payés

A Meaux, pas un Français au service néphrologie. A la Pitié-Salpêtrière, 40% d’étrangers en ophtalmologie et 50% en échographie. Un médecin sur deux aux urgences de Pithiviers, idem pour le staff total à Château-Thierry. « Sans eux, nos hôpitaux ne tourneraient pas », lance un professionnel. La baisse du numerus clausus depuis 1993 a en effet créé un manque criant de toubibs français, qui ont aussi tendance à choisir l’exercice en ville, plus rémunérateur. Ce dysfonctionnement convient aux gestionnaires de la santé : comme 7000 médecins étrangers, faute de diplôme européen, gagnent 40% de moins que leurs confrères, c’est tout bénéfice pour les comptes. Le numerus clausus remonte, mais, vu la durée des études, «la part des étrangers va encore augmenter», note Rachel Bocher, présidente de l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH).

Jobs technico-industriels
Des secteurs entiers sont "immigro-dépendants"

« Cherche maçons, chaudronniers, caristes, métallos, routiers ou mécanos ». Dans ces métiers, la main-d’œuvre d’origine étrangère est indispensable. «Une question de survie», pour la Fédération française du bâtiment d’Ile-de-France. L’enquête « Besoins en main-d’œuvre » de Pôle emploi le confirme : depuis la reprise du marché à la fin des années 1990, difficile de trouver des couvreurs, charpentiers ou chauffagistes qualifiés. Et la même surchauffe frappe les centres d’appels, les transports, la logistique… Il s’y présente de moins en moins de ­candidats, pour des raisons démographiques ou parce que les filières de formation s’assèchent : alors que la métallurgie manque de chaudronniers, nombre de lycées professionnels ont fermé leurs sections spécialisées. Et voilà comment une cinquantaine d’entreprises françaises, dont le champion du BTP Vinci, font appel à des sociétés d’intérim spécialisées. Ce moyen de recruter des étrangers entraîne un surcoût de 70% sur une embauche classique (le prix des formalités et d’un retour par trimestre dans le pays d’origine).

Management
Les grands groupes comprennent que la diversité dope les résultats

« Les équipes diversifiées sont plus performantes», juge Jean-Claude Le Grand, le directeur mondial de la diversité chez L’Oréal. Prêchi-prêcha de rigueur ? Non, car il a des preuves : en Grande-Bretagne, une étude mesurant les résultats des équipes de The Body Shop (mar­que du groupe) selon l’origine des salariés a conforté son opinion. Mais, en France, si on analyse l’impact de la diversité des âges et des sexes, rien sur l’origine. L’Oréal n’est pourtant pas seul à subodorer que la mixité donne un surcroît de créativité dans le marketing et de niaque dans la vente. Prenez Casino : « C’est notre capacité d’innovation qui est en jeu : dès qu’elles sont clonées, nos équipes s’assèchent », constate le DRH, Yves Desjacques.

Show-biz
Sur scène, à la télé et au cinéma, les "quartiers" renouvellent l’humour français

« La Grande Vadrouille » détrônée ! L’an dernier, « Bienvenue chez les Ch’tis » a battu le record du nombre d’entrées (20,5 millions). Les nouveaux Bourvil et De Funès ? Dany Hamidou (Boon), d’origine ­algérienne, et Kaddour (Kad) Merad, né à Sidi Bel Abbes. A l’écran comme sur scène, les comédiens issus de l’immigration font surtout recette dans l’humour. Comme le Franco-Marocain Gad Elmaleh : la dernière de son show « Papa est en haut » a été vue par 6,8 millions de fans sur TF1, et le DVD fait partie des 100 meilleures ventes du site Amazon depuis plus de deux ans. Scène et DVD compris, son chiffre d’affaires a frôlé les 3 millions d’euros en 2009, selon le cabinet Booz & Company ! Derrière lui, c’est l’invasion des humoristes venus d’ailleurs, incarnée par le Jamel Comedy Club. Ces talents, repérés depuis 2006 par Jamel Debbouze, font salle comble en détournant les stéréotypes. « Le public adore », souligne Olivier Zegna-Rata, directeur des relations extérieures de Canal Plus. Cette chaîne en a même fait une vraie stratégie. « La diversité guide le choix de nos scénaristes, réalisateurs et équipes éditoriales, pour renouveler ­notre style », poursuit-il. Et ça ­marche : Canal Plus est la seule chaîne « historique » à gagner de l’audience.

Sport
Les espoirs du foot français sont issus de l’immigration… comme leurs aînés

Le 30 juillet, un mois après l’échec des Bleus au Mondial, nos moins de 19 ans sont devenus champions d’Europe sur un but de Gilles Sunu, fils d’un joueur togolais. Avec aussi Katuka (Congo), Reale (Italie) ou Tafer (Algérie), la relève affiche un joueur d’origine étrangère sur deux. Tout comme les 23 choisis l’été dernier par le Catalan Raymond Domenech : sept joueurs d’origine africaine et un de père espagnol, plus six issus des DOM-TOM. Le foot a toujours recruté des descendants d’immigrés (un tiers des sélectionnés chez les Bleus de 1904 à 1986, selon le journaliste Didier Braun) et y a pioché ses plus grandes stars, comme Kopaszewski dit Kopa (Pologne), Platini (Italie) et Zidane.

Start-up
Dans les banlieues, la création d’entreprise est plus dynamique qu’ailleurs

« Je reçois 200 dossiers par mois », se réjouit Aziz Senni, capital-risqueur en banlieue avec ses Business Angels des Cités (BAC). Le nouvel eldorado des entrepreneurs ? Selon la délégation interministérielle à la Ville, dans nos 751 zones urbaines sensibles, la création d’entreprise croît de 10,5% par an, contre 6% ailleurs. D’après l’Insee, «les citoyens étrangers sont deux fois plus représentés chez les créateurs d’entreprise que dans le reste de la population». Rien d’étonnant : « Peu diplômés, les jeunes issus de l’immigration voient là un passeport pour la réussite », témoigne Farid Echeikr, fils d’ouvrier algérien et patron du cabinet de conseil informatique Mallyance, en Seine-Saint-Denis (45 consultants). Et on ne parle pas de kebabs ou de cafés Internet, mais de vrais ­business plans dans les services à la personne (« Papa bricole », l’enseigne de bricolage à domicile de Laïd Azzi), l’intérim (Kobaltt, créée par Ahmed Otmane, 60 salariés et 11 millions d’euros de chiffre d’affaires) ou le transport routier écolo : Ecolotrans, fondée à Lyon par Yacine Kara, a déjà 15 salariés et 500 000 euros de chiffre d’affaires au bout de quatre ans d’existence.

Les solutions pour relancer l’intégration

Deux milliards pour les villes en péril. Des primes pour attirer les profs en ZEP. Des policiers mieux répartis
« Les entreprises et les associations ont un rôle clé dans l’intégration », assure Nicolas Dufourcq, numéro 2 de Capgemini. Dans l’accompagnement scolaire, le coaching des jeunes diplômés et le recrutement, le privé multiplie les initiatives et obtient des résultats. Ces expériences ne pourront certes pas se substituer à l’action publique « lourde » (école, police, logement, aide aux communes…). Mais elles montrent souvent la voie et font tomber bien des tabous. Ainsi, en 2000, quand Sciences po s’est allié à sept lycées de ZEP pour diversifier son recrutement, on a hurlé à la discrimination positive. Aujourd’hui, l’accord touche 62 établissements, toutes les grandes écoles l’imitent, et l’Etat fixe un objectif de 30% de boursiers parmi les étudiants de l’élite. Revue des bonnes idées qui mériteraient d’être généralisées.

Anne Rosencher, Nathalie Villard et Eric Wattez.

Communes pauvres
Mieux aider les villes en perdition

« Faute de fonds supplémentaires, les communes dému­nies où vivent les immigrés courent à la faillite », avertit François Pupponi, maire de Sarcelles. Selon l’association Ville et ­banlieue de France, fondée par des élus de quartiers difficiles, les 150 communes de plus de 10 000 habitants les plus pauvres ont des ressources par habitant inférieures de 30% à la moyenne nationale (car peu de foyers impo­sables) et des dépenses 20% plus élevées. Grigny (Essonne), Montfermeil (Seine-Saint-Denis) et d’autres risquent de passer sous tutelle de l’Etat. Seule solution, disent ces élus : mieux répartir l’argent versé par l’Etat aux collecti­vités loca­les et transférer 2 à 3 milliards d’euros vers celles qui sont dans le besoin. En commen­çant par cibler la dotation de solidarité urbaine (1,3 milliard d’eu­ros par an), aujourd’hui saupoudrée sans trop de distinction.

Discrimination
Former les cadres à diversifier l’embauche

Selon l’Insee, le chômage des jeunes diplômés issus de l’immigration est trois fois plus élevé que la moyenne nationale et, d’après une étude Adia de 2007, un candidat au nom maghrébin obtient trois fois moins souvent un entretien d’embauche qu’un Durand ou un Dupont. « C’est indigne, et cela nous prive de talents, donc de business ! », regrette Yves Desjacques, DRH de Casino, un des premiers ­signataires de la Charte de la diversité. Un texte paraphé depuis 2004 par 2 906 entreprises, qui s’engagent à former leurs dirigeants (déjà 8 000 cadres chez L’Oréal) afin de recruter autrement. « Il faut élargir notre vivier, notamment à l’université», explique Jacques Adoue, DRH de Capgemini France. Puisant surtout dans les écoles d’ingénieurs, la SSII vient ainsi de passer un accord avec la fac de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis) pour prendre en alternance, pendant un an, quatorze jeunes bac + 4 (dont 80% d’origine immigrée), avec un CDI à la clé. Objectif à terme : en former 150 par an, partout en France.

Echec au collège
Faire ­réviser le brevet en troisième

Taux de réussite au brevet : 80% en moyenne, moins de 50% dans certaines villes pauvres à forte population immigrée du nord de Paris. En juin dernier, dans le Val-d’Oise, pour que cet examen ne soit plus synonyme de premier échec, le conseil général, la Fondation Aéroports de Paris, la ville de Garges-lès-Gonesse et deux grandes écoles de Cergy (l’Eisti et l’Essec) ont aidé durant une semaine 40 élèves du collège Henri-Wallon à réviser : le taux de réussite de l’établissement a grimpé de 50 à 81,4%. L’expérience sera étendue aux quatre collèges de Garges l’an ­prochain. A reproduire dans d’autres départements, puisque chaque année 150 000 élèves quittent le système scolaire sans diplôme.

Elites fermées
Ouvrir encore l’accès aux grandes écoles

Sciences po avait donné le coup d’envoi avec sa filière d’entrée réservée aux jeunes venus de milieux défavorisés, dont beaucoup issus de l’immigration. Depuis, de nombreuses grandes écoles s’y sont mises, chacune à sa façon : tutorat à l’Essec et à Polytechnique, passerelle entre l’ESCP Europe et le BTS management d’un lycée de Bondy, partenariat entre l’Edhec et trois établissements secondaires roubaisiens… Du coup, le taux de boursiers dans les classes prépas est passé de 15 à 23% entre 2005 et 2008. Une idée facile à généraliser : depuis 2006, au lycée Henri-IV, à Paris, une cinquantaine de bacheliers ont intégré une classe de mise à niveau avant la prépa classique. Au dernier pointage, 43% des élèves de ce cursus avaient intégré une grande école, 30% étaient encore en classe prépa et 27% avaient rejoint l’université.

Fuite des cerveaux
Mettre fin aux tracasseries qui freinent le recrutement des talents

C’est une aberration impossible à quantifier, mais elle a le don de fâcher Mehdi Houas, P-DG du cabinet de consulting Talan. Chaque année, il recrute une trentaine de jeunes diplômés étrangers formés dans nos meilleures écoles d’ingénieurs. Et, chaque année, c’est l’enfer. Pour faire passer un étranger (hors UE) du statut d’étudiant à celui de salarié, même s’il sort de Centrale, Sup Telecom ou HEC, l’administration demande à l’employeur 1 600 euros et un dossier très fouillé prouvant, par exemple, qu’a bien été déposée une offre à Pôle emploi cinq semaines avant d’attribuer le poste à un étranger. « Et la liste des dizaines de documents à fournir varie selon la préfecture de la recrue », déplore Mehdi Houas. Quand ces tracasseries retardent l’embauche, les forts en thème risquent une «invitation à quitter le territoire ». Et finissent par aller monnayer leur diplôme français en Angleterre ou aux Etats-Unis. Sachant que ces étudiants, souvent d’origine modeste, ont été très subventionnés (bourses, aides au logement), on devrait au contraire les retenir à tout prix et rentabiliser l’investissement de l’Etat !

Ghettos urbains
S’inspirer des rénovations réussies

Fin 1999, Montauban a connu plusieurs journées d’émeutes après la mort d’un cambrioleur d’origine maghrébine abattu d’un coup de fusil. Cela a incité la ville à transformer la cité des Chaumes, d’où était partie la ­révolte. Longtemps margina­lisé (un quart de la population d’origine étrangère), ce quartier HLM passe aujourd’hui pour un modèle : 720 logements vétustes ont été démolis et reconstruits, pour moitié dans d’autres parties de la ville, en concertation avec les familles. Les tours ont cédé la place à des immeubles de quatre étages, l’accession à la propriété a été encouragée, la voirie et les équipements (médiathèque, postes, jardins familiaux…) refaits, les friches nettoyées. Coût de l’opération entamée en 2004 : 265 millions d’euros, réaménagement du centre-ville compris, dont 135 millions pris en charge par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. Associé à une politique d’insertion par l’emploi (250 CDI et plusieurs centaines de temps partiels créés), ce volontarisme a pacifié la ville, où la délinquance a reculé de 18% ­depuis 2001.

Manque de réseaux
Coacher les jeunes diplômés

Une prépa à Henri-IV ou en banlieue ? Face à ce choix, tout lycéen de bonne famille fonce sans hésiter vers la première. « Mais j’ai rencontré un jeune Chinois brillantissime qui, lui, hésitait par manque d’information », raconte la femme d’affaires Beena Paradin, elle-même passée de l’Inde à l’Essec via la banlieue nord. Ce qui paraît évident à la bourgeoisie déconcerte les familles modestes, surtout quand s’ajoute le décalage culturel. Autre handicap : avoir grandi dans les «quartiers» n’aide pas à maîtriser les codes sociaux de l’élite. Dans les multiples expériences de coaching menées par les grandes entreprises, il faut souvent rappeler aux jeunes des principes de base, séance de relooking comprise : « Je me souviens d’un ingénieur qui s’est présenté à moi en veste trop grande, pantalon dépareillé et chaussures douteuses : en entretien, ça disqualifie », raconte un cadre de SSII. Plus grave : «Ils ne savent pas se vendre», note Yazid Chir, P-DG de Neocles et fondateur en 2006 de Nos quartiers ont des talents. Chaque ­année, ce réseau d’entreprises reçoit plus de 1 000 jeunes diplômés envoyés par Pôle emploi. Objectif : en six mois de rendez-vous avec un parrain top niveau, acquérir de la confiance, les bons codes et un carnet d’adresses. Sur quatre «promos», 60% des jeunes ont trouvé un job en moins de six mois, «plus que la moyenne nationale en deux fois moins de temps», se réjouit Yazid Chir.

Profs débutants
Laisser les proviseurs recruter des ­enseignants chevronnés en ZEP

Trente ans que le paradoxe persiste : depuis la création des zones d’éducation prioritaire (ZEP), on envoie dans ces établissements non pas des profs chevronnés, mais des bataillons de débutants, les seuls à ne pas choisir leur affectation. Les moins de 30 ans représentent ainsi un quart des effectifs dans ces collèges, soit 70% de plus qu’ailleurs. Mais, depuis la rentrée, 105 établissements testent un dispositif innovant : les proviseurs peuvent recruter les enseignants de leur choix et les ­attirer en proposant jusqu’à 2 400 euros de primes par an, des formations spécifiques et des aides au logement. En retour, les profs signent pour cinq ans, afin de réduire le turnover et de travailler dans la durée. Enfin !

Policiers mal formés
Mieux répartir les effectifs

Serpent de mer du débat sur la sécurité, l’inégale répartition des effectifs de police et leur manque de formation au travail en zone sensible frisent la caricature en Ile-de-France. «Paris a deux à trois fois plus de policiers par habitant que ses banlieues», s’étonne Luc Bronner, auteur de « La Loi du ghetto » (Calmann-Lévy). Clichy-sous-Bois, d’où sont parties les émeutes de 2005, a inauguré son commissariat… il y a quelques mois. En outre, le recrutement national (comme dans l’enseignement) envoie dans les quartiers chauds une majorité de gardiens de la paix jeunes, originaires de province et pressés d’être affectés ailleurs. Pour mieux les motiver, les syndicats de policiers Unsa et Alliance suggèrent d’augmenter les primes (actuellement de l’ordre de 250 euros par mois en région parisienne) et de les aider à se loger. Par ailleurs, le ministère de l’Intérieur a ouvert les portes de la police aux jeunes des cités en recrutant environ 10 000 adjoints de sécurité qui peuvent espérer intégrer la police au terme de leur contrat de cinq ans.

Sans-papiers
Tenir les ­promesses faites à ceux qui travaillent et cotisent

Halte au travail au noir, qui permet à des entreprises sans scrupules d’embaucher parmi les 200 000 à 400 000 clandestins qu’abriterait notre pays. Mais halte aussi à la situation absurde des milliers de travailleurs sans papiers. Des immigrés dont, certes, la situation est (ou est devenue) irrégulière, mais que leurs employeurs déclarent en payant les charges afférentes, et qui s’acquittent de leurs impôts et de leurs cotisations sociales comme n’importe quel travailleur. Depuis deux ans et demi, soutenus par syndicats et associations, ils multiplient les piquets de grève dans le nettoyage, la restauration ou l’intérim. « En tant que clandestins nous sommes à la merci de nos employeurs », dénonce Ibrahima Diallo, délégué CGT du mouvement, qui raconte les heures sup gratuites et les congés non payés. Ces grèves perlées ont conduit le gouvernement à accepter des « régularisations par le travail » en cas de présence depuis cinq ans, justifiée par des feuilles de paie et des certificats d’employeur. Depuis juin, en dépit de ces promesses, 1 600 dossiers restent néanmoins bloqués dans les préfectures..

Source :  Le 13/12/2010 © Capital

 

 

 

Commentaires  

 
0 #2 bruno 2011-01-05 16:26 Ces constats sont fort intéressants et remettent les pendules à l'heure …encore qu'il faudrait avoir une vision moins idyllique de "l'intégration" des immigrés européens dans les années de la crise de 1929 car le racisme alors encore pire.
Par ailleurs, "Capital", comme son nom l'indique, aime promouvoir une "beurgeoisie" mais pas prôner la sortie du système de la masse, système injuste et inégalitaire, socialement. L'ascension sociale, même si elle était possible ce qui n'est le cas que pour une infime proportion, ne résoudrait pas le problème de la masse …pour résoudre ce problème, il faut une société solidaire et égalitaire, autrement dit, sortir de la logique du …capital. Et respecter le travail en soi et pas un travail par rapport à un autre dans une logique consumériste et capitaliste. Pour le moment, les immigrés (et les chômeurs) sont la "variable d'ajustement" du système. C'est inique, car le système est inique. En soi.
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+1 #1 sabet-azad 2011-01-05 14:11 Super papier, vraiment. Un vide en ce qui concerne les travailleurs venus des pays de l'Est : Polonais, ex-Yougoslavie, Roumanie etc qui travaillent sur les chantiers, mais retournent au pays où leurs familles demeurent. Entre 2 chantiers ils ne touchent pas le chômage, le contrôle se fait à partir des passeports.
Les clandestins, sans conscience, travaillent à des salaires cassés aux bénéfice des patrons uniquement. Conséquences : des années de luttes pour obtenir : la diminution des heures de travail, les conventions collectives par secteur, le tarif de nuit, les congés. Travail non déclaré, d'où un déficit pour la sécurité sociale. On se demande comment cette dernière ne serait pas en déficit, vue qu'elle verse, les retraites, les Allocations, l'allocation prénatal et postnatal,L'APL, les bons de vacances, les rentrées scolaires, les loyers non payés.La sécurité sociale devrait gérer : la santé et les retraites seulement. Il serait urgent de mettre ces budgets familles dans un autre compte que celui de la Sécurité sociale, car nous allons nous retrouver par une privatisation de la S.S .
Une autre réalité : il n'y a plus de travail, les 30 glorieuses sont derrière nous.
Personne ne propose cette solution avant la faillite
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