Saïd Bourarach : la piste tenace du racisme
Écrit par Ilyess   
Mercredi, 12 Mai 2010 03:05

Retour à Bobigny après le décès de Saïd Bourarach. Connu pour sa violence, le principal suspect affiche aussi un sionisme virulent. Voilà un mois et demi, Saïd Bourarach, 35 ans, vigile de l’enseigne de bricolage Batkor de Bobigny, était retrouvé noyé dans le canal de l’Ourcq après une altercation l’ayant opposée à de jeunes juifs. Depuis, la Seine-Saint-Denis bruisse d’une question qui revient sans cesse : Saïd Bourarach a-t-il été victime d’un crime délibérément raciste ? Si, à ce jour, la procureure de la République de Bobigny, Sylvie Moisson, n’a retenu «aucun élément permettant de donner à l’affaire une quelconque connotation raciste ou religieuse ni d’un côté ni de l’autre», l’instruction qui vient de débuter a la lourde tâche de définir les motivations qui ont animé les agresseurs présumés de Saïd.

Jusqu’à présent, seul le volet judiciaire de l’affaire a été relayé par les médias. En revanche absolument rien n’a filtré de la personnalité des suspects, ce qui fait dire à Me Ahcène Taleb, l’avocat de la famille Bourarach, qu’«une chape de plomb préoccupante et regrettable a été posée sur cette histoire.» Contactés à de multiples reprises afin d’évoquer le profil de leur client, les avocats défendant les agresseurs présumés de Saïd n’ont pas désiré s’exprimer.

«Voyous». Une source policière de Seine-Saint-Denis ayant suivi l’affaire Bourarach dresse quand même un portrait relativement précis des mis en cause : «Saïd Bourarach a été agressé par de jeunes feujs du style "9-3 en force". Certains, dont Dan L., le principal mis en cause, sont bien connus des forces de l’ordre pour de multiples conneries de voyous. Nous savons également que leurs sentiments identitaires sont très affirmés comme beaucoup de jeunes de banlieues aujourd’hui, mais qu’il ne s’agit pas à proprement parler d’activistes politiques influents de la communauté juive.» Une confidence qui donne du crédit aux informations recueillies depuis un mois par Libération.

Car de multiples rumeurs circulent dans le département au sujet de Dan L., David L., Michael L., Dan S., et Lucien D., les agresseurs présumés de Saïd, dont la majorité réside à Pantin. Dès le lendemain du drame, certains sites communautaires radicaux musulmans les présentaient comme des membres influents de la Ligue de défense juive (LDJ), groupuscule sioniste d’extrême droite. Les services du renseignement intérieur sollicités après les faits ont bel et bien retrouvé trace de l’engagement du groupe de Pantin, et de Dan L., à la LDJ en 2008, au moment de l’affaire de la rue Petit où trois jeunes juifs avaient été agressés alors qu’ils se rendaient dans une synagogue du XIXe arrondissement de Paris. De source policière toujours, Dan L. et son frère Michael avaient fait savoir à la LDJ qu’ils étaient disponibles pour faire le coup-de-poing contre les jeunes qui avaient tabassé les membres de leur communauté. Mais il n’y a pas eu de représailles significatives à l’époque, et le caractère antisémite de l’attaque de la rue Petit s’est rapidement dégonflé lors de l’enquête. Il semble que leur engagement à la LDJ se soit cantonné à de simples paroles.

«Bastons». Contacté, un responsable de la LDJ assure «ne pas connaître les agresseurs de Saïd Bourarach». «S’ils sont passés à la LDJ, je peux vous dire qu’ils n’y sont vraiment pas restés longtemps», déclare-t-il. Dan L. traîne à Pantin une réputation défavorable. Autour de la rue Lépine, l’endroit où il habite, il est décrit à l’unisson «comme un jeune d’une vingtaine d’années extrêmement vindicatif». Me Ahcène Taleb confirme qu’«à la lecture du dossier, Dan L. apparaît comme un individu foncièrement violent». Son passé mentionne plusieurs faits de violences, des refus d’obtempérer, et des usages de stupéfiants récurrents. Hakim, 21 ans, originaire de la ville voisine de Bobigny, dit connaître Dan L. depuis une dizaine d’années. «Ça devait arriver avec lui. Au mieux il vous insulte, au pire il vous menace. En revanche, je ne crois pas trop aux rumeurs qui font de lui un militant sioniste actif. S’il est proche de la LDJ, c’est plus dans l’optique de prendre part à des bastons entre bandes de jeunes de banlieue, que dans le but de militer pour la cause israélienne. C’est juste un castagneur.» Ben, 22 ans, étudiant en économie de confession juive, dit aussi que «Dan L. est un mec très impulsif, à fleur de peau. Qui peut, il est vrai, être rapidement méprisant dès lors que l’on s’oppose à lui. En revanche, il n’a rien d’un propagandiste. Ça, c’est sûr.»

Le profil Facebook de Dan L. présente quelques mentions douteuses. Si l’on apprend de ses multiples statuts qu’il aime la musique, joue de la guitare, et possède une passion pour les jeux de poker en ligne, plusieurs de ses posts interpellent. Ainsi, Dan L. reprend-il sur son mur une vidéo montrant deux cheikhs musulmans s’exprimant sur Memri TV, une chaîne réputée pour ses positions radicales. Au-dessus de cette séquence Dan L. a rajouté le mot «enculé», écrit en majuscules. La vidéo est accompagnée d’une légende - qui n’émane pas de Dan L. - dans laquelle il est expliqué que, pour les musulmans, «haïr les juifs est un devoir religieux». Plusieurs autres pages mentionnent l’appartenance de Dan L. à des groupes tel que «Le sionisme par passion, le judaïsme avec fierté», ou encore «Israël n’a volé la terre de personne, c’est notre terre». Un observateur avisé du monde communautaire juif de Paris tempère néanmoins en expliquant que «les messages postés par Dan L. décrivent plutôt un jeune de banlieue revendicatif, qu’un dangereux idéologue».

Du côté des associations musulmanes, le caractère raciste de l’agression ne fait aucun doute. M’hammed Henniche, secrétaire général de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, entérine la thèse selon laquelle «Saïd a été victime d’un crime raciste odieux. Dan L. s’est défendu de ses actes en mentionnant que Saïd lui avait interdit l’entrée de Batkor au motif qu’il était juif. Un point fermement démenti par les témoins présents. Saïd n’était pas un dur, c’était un père de famille au passé irréprochable. Cela prouve que Dan L. véhicule l’inadmissible préjugé comme quoi les Arabes seraient antisémites». Dans un communiqué officiel, la sénatrice des Verts Alima Boumediene-Thiery enfonce le clou et dénonce «des actes injustifiables : tuer un homme en raison de ses origines est inadmissible. Aucune impunité ne doit être tolérée».

«Religiosité». En revanche, Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, et acteur incontournable de la communauté juive de Seine-Saint-Denis, ne croit pas une seconde à un quelconque mobile raciste dans cette affaire : «Ces salauds, puisque c’est comme ça qu’il convient de les qualifier, ne peuvent être assimilés à des militants sionistes. Pour la simple raison qu’ils sont dénués de toute religiosité. Un extrémiste sioniste, tel qu’il se doit, respecte la religion. Or, les faits se sont déroulés lors de la Pâque juive. Normalement, les juifs ont interdiction de conduire, d’utiliser les téléphones ce jour-là. Les agresseurs de Saïd n’ont rien respecté de cela. Je pense très sincèrement qu’ils n’ont obéi qu’à la haine et qu’ils auraient pu tout aussi bien tabasser un vigile de magasin cacher.»

Source : Libération - Par WILLY LE DEVIN  

 

 

Commentaires  

 
+8 #7 Alioun 2010-05-17 12:05 Voici un article comme on aurait aimé en lire sur l'affaire Youssouf Fofana. Alors tout disait que Youssouf n'était pas un idéologue mais simplement un malfrat, eh bien on a quand même retenu l'antisémitisme pour le condamner! Deux poids, deux mesures… C'est totalement honteux et révoltant. Citer
 
 
+7 #6 Castor boiteux 2010-05-14 01:07 Dan L. = Lucien Dadoun.

Soyons précis.
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+7 #5 lévy 2010-05-13 05:45 Que vient foutre la religion là-dedans ? Est ce que les soldats israéliens, juifs n'est-ce pas, (les autres n'ont pas le droit de servir dans l'armée israélienne) n'ont pas déclenché les bombardements sur Gaza un SAMEDI 27 décembre à la sortie des écoles ? C'était shabbat pourtant ! Mais qu'est-ce qu'ils en ont à glander de la religion, ces criminels ? Citer
 
 
+7 #4 Miloud 2010-05-12 05:50 Il suffit de voir les électeurs de extrême droite nationaliste du parti Israël Beiteinou en grande majorité de leurs jeunes ne sont pas forcément des juif pratiquant mais plutôt genre Skinned et qui sont dénués de toute religiosité, par contre sont les plus raciste.
Miloud
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+9 #3 lila 2010-05-12 05:49 Bravo Halima, et biensur UAM-93 !!!
Allah yahfadkoum les freres de l'UAM-93 !!!
on est tous derriere vous
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+8 #2 lila 2010-05-12 05:47 Arrêtez la mauvaise foi : si ça avait été un juif tabassé et tué par trois arabes, Sarkozy and co auraient dit à a télé 'c est un crime impardonnable, l antisémitisme doit être sévèrement puni, les auteurs de ce crime odieux doive être punis exemplairement bla bla…' les arabes avec le même profil violent et flirtant avec des extrémistes racistes auraient été liés à al quaida bla bla bla, on aurait eu des sujets sur tf1 and co sur la monté de l extrémisme musulman chez les jeunes de banlieue bla bla bla
et là on a quoi?
rien, c est juste un mec impulsif qui a impulsivement tué un honnête père de famille
Cette affaire n est même pas relayée dans les médias télés, c est immonde écœurant comme certains peuvent creuver comme des chiens, surtout i ils sont arabe et pauvre
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+6 #1 jaoued 2010-05-12 05:47 Gohzlan déclare : quant on est juif pratiquant ou sioniste on ne tabasse pas le soir de shabbat ou de la Pâque Juive.
ah bon les autres jours c'est permis ???????simplement pour ma sauvegarde perso j'aimerais le savoir même si je suis pas maghrebin
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