La France fait place au jeûne
Écrit par Stéphanie   
Vendredi, 13 Août 2010 19:04

«C’est la deuxième fois de ma vie que je fais le ramadan en plein été, confie M’hammed Henniche, président de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis. La première fois, j’étais très jeune et ça avait été très difficile. Mes parents n’étaient pas d’accord. Les dernières heures, je dormais, et on me réveillait pour me dire que c’était fini.» Trente ans plus tard, M’hammed Henniche va récidiver, exactement à la même période du mois d’août. «Dans une vie d’homme ordinaire, on fait deux fois le ramadan à la même date», explique-t-il. La fête la plus importante de l’islam a lieu le neuvième mois de l’année. Mais le calendrier musulman, étant lunaire, compte 11 à 12 jours de moins que le calendrier solaire ; chaque année, la date du ramadan avance d’autant. Et même si le temps est relativement frais sur une partie de la France, M’hammed Henniche sait qu’il va lui être difficile de s’abstenir de manger, et surtout de boire, entre le lever et le coucher du soleil.

A priori, le mois sacré des musulmans devrait débuter demain et finir le 9 septembre. La date définitive sera arrêtée ce soir, au cours de ce que le Coran appelle la «nuit du doute». Les théologiens guettent l’apparition du premier quartier de la nouvelle lune. Dès qu’il est visible à l’œil nu, le ramadan débute.

Disparité. Beaucoup de musulmans vont rencontrer la même difficulté : concilier jeûne et travail. Les employeurs leur facilitent-ils la tâche? Difficile à dire. Aucune société ne communique spontanément sur le sujet. Les services de presse d’entreprises de BTP comme Bouygues ou Eiffage accueillent aimablement la question mais ne disposent d’aucune information. Sur le terrain, certaines, et particulièrement celles dont l’activité implique une dépense physique importante, ont dû se résoudre à des aménagements horaires. Mais, reconnaît Benjamin Blavier, responsable diversité à la fondation IMS-Entreprendre pour la cité, ces aménagements ne sont pas, le plus souvent, gérés par la direction, mais «au niveau du management de proximité ou des responsables d’équipes. On peut donc avoir une très grande disparité de pratiques d’une équipe à l’autre».

Dans d’autres établissements, ramadan rime cette année avec vacances. «Il tombe en même temps que les fermetures d’usines, répond-on chez Renault. A la reprise, les sites s’organiseront. Ils prendront les dispositions nécessaires en termes d’aménagements d’horaires et de pauses, pour que tout se passe bien.» Les musulmans profiteront-ils de ces congés pour aller jeûner au pays? «Ils préfèrent rester en France où il fait moins chaud et où c’est moins rude qu’au bled», répond M’hammed Henniche. «Dans les pays musulmans, le contrôle social est plus fort. Ici, c’est beaucoup plus souple», confirme Michel Reeber, historien des religions (1).

Discrimation. Les difficultés pourraient venir de l’accueil des enfants. Si les familles musulmanes les gardent avec eux, pas de problème. Si elles décident de les confier à un centre de loisirs ou de les inscrire en colonie de vacances, cela risque d’être plus compliqué (lire ci-contre). Le site musulman Saphirnews a révélé que la ville de Roubaix, dont le maire, René Vandierendonck, s’était fait connaître pour sa bataille contre l’implantation d’un Quick halal, avait envisagé un temps d’interdire l’accès des centres de loisirs «aux enfants qui ne s’alimentent pas» pour cause de ramadan. Elle a même saisi la Halde pour savoir si elle risquait d’être poursuivie pour discrimination. La haute autorité a-t-elle jugé urgent de ne pas se prononcer sur une question potentiellement explosive ? «Le dossier est en cours d’instruction, répond-on à la Halde. Mais nous n’avons pas pris de décision car le collège est en vacances.»

(1) Auteur de «Petite sociologie de l’islam» (ed. Milan, 2005)
 

Source : Libération du 10/08/2010, Par CATHERINE COROLLER

 

 

Commentaires  

 
+4 #2 yousri 2010-08-15 02:37 Nous avons eu la chance, mes freres et moi de connaitre le jeûne a la meme periode, nous etions effectivement tres jeunes, mais nous en gardons encore des souvenirs memorables, d'autant plus, que nous les passions au "bled" avec la famille et surtout avec la horde de cousins de notre age.
l'ambiance, meme dans la journee etait differente de nos jours, c'etait un jeûne sain et simple, moins ostentatoire, au niveau nourriture,meme si les tablees etaient fournies(pour le nombre de convives, non pour la quantité posée sur la table), il y avait toujours un invite de derniere minute dans la maison de mes grands parents(Allah yarhamhom), deja pleine de monde, nous descendions ensuite, apres la derniere priere, a la capitale, manger une glace, flaner dans les rues animées et joyeuses, achetant toutes les sucreries dont nos yeux avaient eu envie au cours de la journee.
Plus que le jeûne en lui meme, c'etait une periode benie, dont l'evocation est non, sans un emoi tres fort.
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+3 #1 siham 2010-08-14 16:18 salam,
c tres rare de lire des articles élogieux sur notre religion, n'est-ce pas ?
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