H. Morin à la rencontre de responsables associatifs musulmans
Écrit par Ilyess   
Dimanche, 26 Septembre 2010 15:39

Ce samedi 25 septembre 2010, les responsables de l’association des Musulmans de Clamart, avec la précieuse aide de l’Union des Associations Musulmanes de la Seine-Saint-Denis (UAM-93), ont reçu pour un déjeuner-débat Monsieur Hervé Morin, ministre de la défense, député de l’Eure, maire d’Epaignes et père d’une très gentille jeune fille, Clémentine qui l’a accompagné. Son jeune frère est resté à la maison.

Monsieur Hervé Morin est aussi le chef du parti centre-droit, le Nouveau Centre (NC), composante de la majorité présidentielle.

Cette rencontre, Monsieur le ministre l’a voulue simple et sans protocole. Il est venu a-t-il dit pour poser des questions à des représentants cultuels musulmans pour savoir quelles sont leurs préoccupations et leur avis relativement à quelques question simples :

  • Que manque-t-il à votre communauté pour vivre sereinement sa citoyenneté ?
  • Quel est le taux de pratiquants dans cette communauté ?
  • Quels sont les courants qui la traversent ? Les causes du malaise dont on parle souvent ?
  • Quels sont les mécanismes de la finance islamique ?

Les organisateurs avaient convié de leur côté une trentaine de responsables associatifs, de cadres supérieurs et des managers issus de l’immigration. Ils avaient eux aussi des questions pour le ministre.

Mais il faut remarquer qu’ils ne représentaient pas une opinion unique toute faite. L’auditeur habitué distinguait très bien des tendances très diverses.

Quand certains appellent l’intervention de l’Etat pour renforcer un Islam hiérarchisé, d’autres rappellent que l’Islam est – comme l’Église Réformée – de nature décentralisée, que cela le rend plus dynamique, sociologiquement plus réactif et finalement plus riche.

Quand certains soutiennent la représentativité des associations, imposée par l’Etat « au mètre carré de mosquée gérée », certains s’étonnent que la représentativité ne respecte pas le principe constitutionnel « un homme, une voix »… La Belgique le fait bien et cela évite les manouvres politiciennes et l’intrusion de l’Etat dans le domaine du sacré.

Quand certains évoquent des problèmes d’intérêt général, d’autres ont des problèmes plus personnels à soulever.

Mais tous ont demandé que l’Etat ne leur concède aucune faveur, aucune discrimination positive, mais reconnaisse leurs droits, tous leurs droits, rien que leurs droits… y compris sociaux : pas moins que d’autres et pas plus.

La revendication la plus clairement exprimée fut celle d’une citoyenneté pleine et entière, sans restriction explicite ou implicite c’est-à-dire dissimulée dans une certaine manière discriminative d’appliquer la loi.

Tout le monde avait à l’esprit la sortie du ministre contre les déclarations et actions administratives contre les « Français d’origine étrangères » ou contre les Roms, les prises de position correspondantes de l’ONU, de l’UNESCO, de l’OCDE, de l’UE, des USA, etc. :

  • Les « amalgames entre délinquance et immigration, ils sont d'autant plus stupides que les jeunes visés sont nés en France et sont allés dans nos écoles ».
  • En tant que maire, je peux vous dire qu'on a besoin d'une action ferme de l'État sur les campements illégaux, quels qu'ils soient. Tous les campements illégaux, sans discrimination. On n'a pas à cibler qui que ce soit.
    (LaProvence.com, mardi 14 septembre 201).  

Rappelons que ce débat avait lieu samedi alors que le mardi précédent, le magazine de France 2, Envoyé spécial, a rediffusé tard le soir, la veille, vendredi, contenait un reportage sur des discriminations raciales dans la gendarmerie, domaine de responsabilité de Monsieur Morin.

En 1991, réalisateur-producteur de France 2, j’avais tourné un reportage intitulé « les Musulmans dans l’armée française », diffusé dans le cadre de l’émission cultuelle du dimanche matin. Il avait été tourné parmi les forces françaises stationnées en Allemagne.

J’avais demandé à interviewer des officiers supérieurs d’origine arabe… Il n’y avait pas d’officier général.

Des Musulmans avaient bien participé à la guerre de 1870, aux guerres de Crimée et du Caucase, à la Première Guerre Mondiale, à la Seconde Guerre Mondiale, à la guerre d’Indochine, à la guerre d’Algérie. Tout le monde – ami ou ennemi – est d’accord pour dire que se sont des soldats redoutables. Pendant la guerre d’Algérie, avec des moyens réduits, la guérilla a donné du fil à retordre à des officiers sortis de nos meilleures écoles.

Mais à ce jour, aucun n’a été jugé apte à parvenir au grade d’officier général.

Monsieur Morin a apporté une information intéressante : " les Français Musulmans sont dix pour cent de la population du pays. Mais ils sont entre vingt et vingt cinq des troupes françaises qui se battent sous le drapeau français en Afghanistan ".

Ce qui est triste, c’est que le jour où ils reviendront dans leurs quartier en permission ou à la fin de leur engagement, ils vont redevenir des « indésirables » – j’ai entendu cette expression dans la bouche de policiers en service qui parlaient entre eux sans qu’aucun d’entre eux proteste. Ils vont redevenir des contrôlables à répétition, des humilables, des tutoyables, des Français d’origine étrangère, c’est-à-dire « à nationalité révocable ».

À remarquer que les jeunes des quartiers n’étaient pas présents ni représentés à ce débat. Un chercheur a mis en garde le ministre contre une approche exclusivement religieuse de ces problèmes sociologiques.

Un journaliste, sorti un moment de son rôle d’observateur, a fait remarquer qu’il y a en France une ségrégation institutionnelle et un racisme politique qui génèrent mécaniquement un malaise social, étiqueté par les instigateurs de « problème de l’Islam en France ». Les instigateurs, ce sont bien sûrs ceux qui construisent des plans de carrière politique sur la récupération des idées racistes stigmatisant des groupes humains identifiés comme délinquants – ce dont Monsieur Morin s’est démarqué.

Le journaliste a questionné le ministre pour savoir si son cabinet comptait un nombre de conseillers proportionnel aux 25% de combattants « Français d’origine étrangère » qui sont en Afghanistan ou proportionnel aux dix pour cent de Musulmans de culte et/ou de culture dans la population française.

Hervé Morin a répondu que sa secrétaire personnelle et son juriste avaient une ascendance musulmane… on est loin des dix pour cent et encore plus des vingt cinq pour cent.

Le problème autour duquel tournait le débat était une confusion conceptuelle qui consiste à concevoir la France et la francité comme une réalité fixée une fois pour toute depuis des temps très anciens : l’identité française. Et tout ce qui viendrait faire évoluer cette icône serait « impur », agressif et anti-français.

C’est un peu la base théorique de tous les racismes alors que la réalité veut que la rivière que l’on regarde n’est jamais la même parce que ce n’est jamais la même eau et, à moyen ou long terme, la rivière n’a jamais le même niveau ni le même lit. Les sociétés naissent se développent, se stabilisent, puis disparaissent ; c’est la marche du temps.

Le conservatisme et le progressisme se définissent par rapport à cela.

Demandez par exemple à votre voisin quelle est la superficie de la France. On vous répondra invariablement 550 000 km2. Encore un vieux cliché ! La superficie de la France est de 11 millions de kilomètres carrés… grâce à ses peuples d’outre-mer, à leurs terres et à leurs zones maritimes exclusives. Des Noirs, des métis, Océaniens, des Asiatiques, … des Hindouistes, des Musulmans, etc.

Cela fait de la France le second plus vaste pays du monde. Mais bien des gens racistes ne peuvent reconnaître à haute voix cette grandeur de l’État français « grâce à l’apport de métèques », selon eux, « des Français de catégorie inférieure ».

L’air sympathique de Monsieur Morin, le ton détendu et sincère des entretiens, son attention, la volonté de reconnaître la francité de ses interlocuteurs n’ont pas permis d’aborder tous les problèmes de cette population. Peu s’en faut.

Rendez-vous a été pris pour une réunion de travail, plus opérationnelle.

Concluons ce reportage en rappelant que l’État français administre des Musulmans depuis 1615, date de la création de Port Saint-Louis du Sénégal. Il a eut le temps de traiter avec égalité ses sujets musulmans ; l’Islam n’est pas « un chamboulement récent » de la sociologie française. L’État français a eu tout le temps nécessaire pour faire une place honorable à l’Islam, dans la dignité et il ne l’a pas fait.

Un des convives du débat m’a rapporté l’histoire d’un médecin asiatique qui au moment de son accession à la nationalité française, s’est vu proposer de franciser son prénom. Il a accepté et demandé à prendre le prénom « Rachid ».

La préposée de l’administration a sursauté et elle a refusé. Le médecin a finalement gardé son prénom asiatique : c’est paraît-il un grand spécialiste en pédiatrie, avec un prénom asiatique. Et c’est un très bon Français qui soigne tous les jours de nombreux petits Français.

On peut aller plus loin. L’Islam était implanté dans l’hexagone dès le VIIIème siècle. Il s’agissait de principautés ayant leurs seigneurs comme Ambiza qui vivaient dans leurs châteaux. Ils ont été vaincus comme le furent les Wisigoths. La littérature et les livres d’histoire se souviennent des Wisigoths, mais on a effacé de la mémoire collective les premiers. Leurs châteaux ne sont pas restaurés et ne font pas partie du patrimoine national (La Garde-Freinet, par exemple). Les citoyens de ces principautés ont été christianisés par la force. Ils ont été obligés de renier leur culture, leurs ancêtres. Leurs noms patronymiques ont été changés, francisés.

Souvent en « Moreau », « Morel » ou « Morin », etc.

Ce samedi 25 septembre fut une mise en bouche pour les futures élections présidentielles et législatives pendant lesquelles le Nouveau Centre devra arriver à occuper une place spécifique dans l’échiquier politique du pays et essayer de faire remonter l’image des dirigeants politiques du pays parmi leurs collègues dans le monde.

Samedi 25 septembre
Abdellah Ouahhabi, journaliste indépendant

 

 

Commentaires  

 
0 #1 Abou Dessoufle 2012-03-10 08:39 …envi de gerber de vomir lorsque je vois ce genre de politiciens hypocrites citoyens à deux balles qui souhaitent de la reconnaissance en voulant se la gonffler sur le dos des mouslims et mouslimettes! Citer
 

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