The Guardian : Un chirurgien français vétéran sauve des vies en Syrie
Écrit par Administrator   
Mardi, 21 Février 2012 03:53

« Nous sommes ici seulement pour aider en quelque manière », dit Dr Jacques Bérès, 71 ans, poussé à l’action dans les heures suivant son arrivée dans la région de Homs.

Quand Dr. Jacques Bérès entrait en Syrie en camion, sa valise massive chargée d’outils chirurgicaux se tenait contre un chargement délicat – deux douzaines de lances missiles.

Le chirurgien français en retraite – qui avait déjà fait du volontariat dans pratiquement tous les grands conflits depuis le Vietnam en 1968 – dit qu’il avait rarement eu à voyager avec des trafiquants d’armes lors de ses missions de secours. Mais rien dans cette guerre en Syrie ne semble conforme à un scénario classique.

« Ce n’est pas bon », dit Bérès à son arrivée. « En principe, il est interdit pour les humanitaires de voyager avec des armes, mais c’est leur pays et leur guerre. Nous sommes des observateurs. Nous sommes ici seulement pour aider en quelque manière ».

Mais le samedi, alors que les diplomates cherchaient un appui de l’ONU pour un plan arabe visant à arrêter l’effusion du sang, des dépêches de l’agence publique syrienne d’information annoncent qu’un général de l’armée fut assassiné à Damas, ce qui serait le premier assassinat d’une personnalité militaire dans la capitale syrienne depuis le début du soulèvement au mois de mars de l’année dernière.

Alors que le long siège de Homs continuait avec le bombardement des quartiers de l’opposition, la violence atteignant la capitale présage un nouvel développement.

L’ONU estime à plus de 5400 le nombre de personnes tuées en Syrie depuis le début du soulèvement, mais ne prend pas en compte les victimes du mois de janvier où des centaines seraient tuées.

Durant les trois jours où Jacques Bérès, le chirurgien orthopédiste de 71 ans, était proche de Homs, il était dans le centre d’un soulèvement en forte escalade. Quelques heures après son arrivée à Homs le jeudi, il est intervenu pour sauver la vie d’une personne atteinte par balle et a donné les premiers secours à cinq personnes grièvement blessées.

Le samedi, il a opéré un civil ayant reçu une balle dans la jambe alors que la famille de la victime et les soldats de l’armée libre syrienne attendaient anxieusement. Ces derniers avaient lancé des attaques contre des postes du gouvernement la semaine avant.

Mais la destruction la semaine passée des deux principaux foyers de la résistance, les quartiers de Baba Amr et d’al-Khalidiyah, avait son effet sur les banlieues de Homs où les gens s’attendent à une invasion.

« Il est certain à 100% qu’ils vont faire ici ce qu’ils ont fait à Homs », dit Abu Mahmoud, un capitaine de l’armée libre syrienne, à son arrivée à la clinique. « Nous savons qu’ils vont venir, et nous nous préparons pour eux. Nous avons seulement des armes légères », ajouta-t-il, en pointant les sangles autour de sa taille avec cinq chargeurs de munitions pour un Kalachnikov et une grenade.

Il y a seulement six semaines, ce dur rebelle était un officier de carrière dans l’armée syrienne. « Ils voulaient que nous tuions notre propre peuple, nos propres familles », dit-il, debout dans la cour boueuse de cette clinique improvisée.. « J’ai attendu le bon moment pour m’enfuir. Il y avait un groupe d’officiers qui pensaient qu’ils allaient s’échapper, mais une escouade militaire nous a tiré dessus en tuant 17 personnes. J’ai réussi à m’évader ».

Abu Mahmoud est un déserteur récent, il a attendu presque dix mois avant de pouvoir s’évader, et il devait participer pendant ce temps à quelques opérations de répression menées par le régime, à Idlib, Deraa et Homs. Mais ce temps qu’il avait mis pour déserter n’a pas été retenu contre lui dans sa propre ville, où il est maintenant l’un des dirigeants locaux de l’armée libre syrienne.

« Tout officier comme lui a trois personnes de l’armée d’Assad à sa surveillance », dit Dr Qassem, le médecin en chef de la clinique. « Il ne pouvait s’évader facilement, s’il essayait, il aurait été tué ».

Le capitaine Mahmoud lança un avertissement : « A Homs, ils tirent de l’hôpital et d’autres points en hauteur. D’ici, ils sont éloignés de cinq à six km, soit à une distance de tir militaire. Ils ont des positions sur toute sortie de la ville et quelques unités sont à moins d’un km ».

Il attrapa une boite de médicaments, se tourna et s’en alla.

Quelques minutes plus tard, un civile blessé arriva, le sang coulant d’une blessure par balle au-dessus de son genou droit. Dr Bérès a une expérience personnelle dans le traitement de telles blessures ; il a été touché personnellement trois fois auparavant. Une balle l’a atteint au doigt à Monrovia (capitale de Libéria, ndt), une autre en Tchétchénie a provoqué une blessure profonde dans le côté, et une troisième au Soudan lui a laissé une cicatrice dans son bras droit. « C’est normal de traiter de telles choses », dit-il, « très normal, je faisait cela toute ma vie ».

Ses blessures lui ont procuré du prestige parmi les médecins de la clinique. Ils se sont tous évadés d’un hôpital public voisin qui est maintenant utilisé comme une position de tir par l’armée syrienne. « Ils savent où nous nous trouvons et nous sommes recherchés », dit Dr Qassem. « Je ne sais pas pourquoi ils ne nous ont pas encore bombardé. Nous avons vu ce qui est déjà arrivé aux cliniques à Homs ».

Les médecins de la première ligne du front furent tués ou blessés à Homs et leurs installations et dispensaires furent frappés par des tirs de mortiers et de roquettes. Un hôpital eut aussi le même sort. Les secteurs tenus par l’opposition furent meurtris pour se soumettre par un déluge de feu pendant huit jours.

Peu de gens parviennent à sortir des villes et villages avoisinants dans le nord en direction de Hama, ou dans le sud en direction du Liban. « Nous ne pouvons toujours pas y aller », dit un assistant médical, « nous voulons tellement y aller, mais il n’y a pas de sécurité sur les routes ».

Et c’est pareil pour Bérès. « Le symbole est très fort », dit-il à propos de la présence des médecins étrangers dans une zone de guerre. « Les gens sont contents de rencontrer un chirurgien étranger d’un pays bien développé, et qui souhaite seulement être avec eux ». « Il semble que ce soit une guerre ici, oui. Mais je ne sais pas s’il s’agit d’une continuité du printemps (arabe) ou d’une guerre religieuse entre les alaouites et les sunnites ».

Pour Bérès, les 44 ans d’expérience dans ce domaine, dont 10 voyages dans des zones de guerre au Liban, Gaza, les Balkans, la Côte d’Ivoire, l’Afghanistan et l’Irak, entrecoupés par des périodes aux hôpitaux de Paris, ont écorné les idéals qu’il apportait à sa profession. « L’Humanité n’est pas en dérive, mais elle ne s’améliore pas », dit-il.

Alors qu’il se préparait à partir pour Homs, ce qui, pour lui, pourrait être le dernier arrêt sur une longue route de secours humanitaire, il donna une prédiction qui sembla résonner sur place, dans l’arrière-pays de la guerre civile. « Je ne suis pas optimiste à propos de la Syrie », dit-il d’un air grave, « c’est une situation très difficile ».

*Cet article a été modifié le 16 février pour enlever le nom d’une ville.

Source : Guardian.co.uk, le samedi 11 février 2012

L'équipe du site www.uam93.com remercie Iyad qui a bien voulu traduire l'article pour nos lecteurs.

 

 

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