Lettre d'un musulman au Président de la République
Écrit par Administrator   
Lundi, 30 Janvier 2012 03:23

Chers frères de l'UAM-93,
 
Je vous adresse une lettre pour la transmettre à qui de droit. Comme vous avez pu le constater cette lettre a un caractère très personnel.

Je suis votre frère zahir, trésorier de l'Association Génération Avenir à Saint-Denis. Ma démarche est personnelle et elle n'engage pas l'Association dans laquelle je m'investis. Bien sûr, j'en ai parlé à Mustapha qui comme toujours m'a encouragé à être patient.
 
Je travaille pour le ministère des finances depuis plus de 10 ans. Je suis actuellement inspecteur des finances publiques en poste en Seine-Saint-Denis. Dans mon métier, je constate, tous les jours, les dysfonctionnements de notre société. Dans mon investissement associatif, je vis les difficultés de notre communauté.
 
La lettre, que j'ai rédigée, est un cri du coeur. A la vocation à servir de réflexion à tous ceux qui s'interessent aux difficultés de notre communauté.
 
Je vous précise que je ne postule à rien. Je mène une vie paisible avec une famille que j'aime et qui m'aime.
Comme dans mon investissement associatif, je ne suis qu'un bienfaiteur de l'ombre. Je n'aime pas la lumière.
Vous pouvez avoir confirmation de cela auprès de Mustapha auprès de qui j'ai appris l'humilité et la persévérance dans l'engagement.
 
Si elle peut être utile dans votre action, n'hésitez pas à vous en servir. Elle est pour moi une amana que je vous remets.
Si elle est trop personnelle pour avoir une portée sur le réel. Prenez la comme la manifestion de la volonté de la communauté à s'investir dans tous les champs de la vie sociale.
 
Depuis quelque temps, j'invite mes frères musulmans à une vraie unité qui ne se fera que sur la base du retour au Coran et à la Sounna. Nos seules références.
Je m'aperçois que le chemin sera long et difficile. Comme souvent, il faut d'abord convaincre son propre camp.
 
Qu'Allah nous pardonne, nous accorde la patience et la paix du coeur.

Zéphyr


Bobigny, le 29 janvier 2012

A l'attention de Monsieur Nicolas SARKOZY
Président de la République Française
Palais de l'Élysée

Monsieur le Président de la République,
Très cher frère de l'exil,
Très cher frère en humanité,

C'est, dans un premier temps, au nom de la lourde charge qui vous occupe, la Présidence de la République Française, que je m'adresse à vous, en tant que modeste responsable d'une association musulmane française, et aussi en qualité de petit cadre de l'administration financière de l'État. Je vous envoie ce message, du fond de la cale, comme le ferai un moussaillon à destination de son commandant de bord, un jour de grande tempête.

Je suis, actuellement, en mission, dans le fond du département de la Seine-Saint-Denis, où je me sens encore, malgré les vicissitudes du moment, quelques responsabilités vis à vis des miens que je vais m'attacher de définir dans cette lettre.

Au cours des mois qui viennent, il me plaira de jauger les propositions que vous ferez à partir des mes propres références religieuses. C'est, donc, au travers d'une grille de lecture largement subjective, que je tenterai de fixer mon choix définitif lors du scrutin présidentiel.

A l'expérience, je pense que nous serons nombreux dans la communauté musulmane de France à procéder de la sorte pour se déterminer.

Jusqu'à très récemment, je ne faisais pas partie de vos alliés.

En écrivant cette lettre, je devine que vous êtes devenu l'autre qui est en moi.

Depuis peu, j'ai fini par comprendre que vous n'étiez, selon les termes d'un propos du prophète de l'Islam, qu'« un agneau qui porte des habits de loup ».

A notre époque, les agneaux doivent, pour survivre, se regrouper. Notre bergerie, la République, est en danger.

Vous êtes le Président de la République qui s'est le plus dépensé sur les sujets relatifs à la question musulmane en France.

Dans votre communication politique à destination de la communauté musulmane, c'est un véritable avantage.

Aujourd’hui, j'ai pleinement conscience que la présence des musulmans, en France, pose des problèmes à tous.

Elle devait être une chance pour la France et pour les musulmans. Elle est en train de devenir une des sources principales du malaise français. Le CFCM, qui devait apporter des solutions, a déçu la communauté musulmane.

Il a, aussi, beaucoup perdu en crédibilité.

En commençant par la République, j'ai volontairement choisi de partir de ce qui nous rassemble.

Pour ce qui vous concerne, vous considérez la République comme le bien commun de tous, et vous refusez de voir dans la laïcité le triomphe de la raison sur la foi.

Qui peut mieux que les musulmans se reconnaître dans cette définition que vous donnez de la république !

Eux qui n'ont hérité, dans le meilleur des cas, que de leur tradition familiale.

Au XXIème siècle, les musulmans de France ne méritent plus d'être considérés comme des enfants indignes au partage de l'héritage de la République. Alors qu'ils sont aussi légitimes que toutes les autres communautés de notre Nation.

Dans le champ politique, les musulmans de France ne doivent plus être appréhendés comme le passif de l'empire colonial français. Ils sont, au contraire, à porter à l'actif de la République.

La République a besoin de ses musulmans comme les musulmans ont besoin de leur République. Ils lui rappellent l’objectif essentiel qu’elle s’est fixé : « Ne plus jamais faire de distinction selon l’origine de ses concitoyens ».

Nous sommes, en cela, fidèle à Sartre qui nous rappelle que « l'autre est indispensable à mon existence ».
Le prophète de l'Islam lui répondant : « Nul d'entre vous n'est tout à fait croyant jusqu'à ce qu'il aime pour son frère ce qu'il aime pour lui-même ». Il précise bien croyant, et non musulman.
Jésus, devançant notre prophète, n'affirmait-il pas qu’« il faut aimer son prochain comme soi-même ».

Et moi, je vous demande : Pourquoi sommes-nous devenus ennemis les uns des autres ?

Pour sortir de la haine de l’Autre, il nous faut évacuer définitivement les souvenirs refoulés dans notre inconscient collectif. Il ne sied plus, à la République, de pointer un doigt accusateur sur une communauté de notre pays. Elle doit regarder dans la dignité, et dans un esprit de justice et de réconciliation, toutes les erreurs du passé qui ont fini par générer cette situation de névrose dans le corps social.

En rejetant notre histoire collective, nous nous privons de vivre sereinement notre présent.

Pour ce qui est de votre vision de la laïcité, les musulmans ont toujours considéré que sans la raison nous ne pourrions comprendre notre religion, et que, sans la foi, l'intellect amène souvent l'homme à être injuste.

Le bon sens, et la fidélité à notre Histoire, enfin, nous oblige à voir la République comme le cadre idéal d'expression collective qui, s'adaptant continuellement aux difficultés, garantit à tous, sans distinction de confession notamment, un vécu citoyen apaisé dans une société qui devient de plus en plus complexe.

Les musulmans, en tant que citoyens français, ont un droit imprescriptible à s'asseoir à la table de la République pour y écrire, avec tous nos concitoyens, les lois et les règles facilitant la vie en commun.

Je me désole de voir que les partis de gauche ont fini par faire de la République une idole, et de la loi de 1905, relative à la laïcité, un dogme servant à excommunier. J'en veux pour preuve le débat en cours au Sénat qui vise à exclure, un peu plus, les musulmanes voilées de notre vie sociale. La noirceur des coeurs a éteint les Lumières de la Révolution.

Il est vrai que la France métropolitaine a beaucoup changé. En quelques décennies, tous les repères ont été bousculés.
Les musulmans sont tout autant perturbés que les autres communautés de notre pays. Ils ont le sentiment qu'ils doivent s'organiser, dans l'urgence, pour ne pas perdre leurs valeurs.

Aujourd'hui, notre République doit assumer le caractère multiconfessionnel de son peuple. Cette pluralité de confession est une richesse par le questionnement réciproque qu'elle nous impose. A ce titre, la loi de 1905 reste le cadre adéquat pour ce dialogue.

Pour ce qui est de l'Islam, son devenir dépend de l'effort que les musulmans de France fourniront pour assurer son épanouissement.

Les représentants de l'État, qu'ils soient élus ou fonctionnaires, n'ont pas à faire pression sur les musulmans pour qu'ils tiennent un discours particulier sur l'Islam. L'Islam en France sera défini par les musulmans eux-mêmes à la suite d'un long processus de dialogue et de concertation dont nous sommes nombreux à penser qu'il passera par une réappropriation approfondie de nos textes fondateurs.

Bientôt, des professionnels de la manipulation pousseront la France à légiférer sur la taille de la barbe des musulmans, la couleur du voile des femmes, la pertinence du port pour les hommes de la robe traditionnelle en dehors des cérémonies. Il est urgent de mettre fin à ces divagations parlementaires.

Il s'agirait de protéger les femmes musulmanes. Pensez-vous vraiment aimer, plus que nous, nos mères, nos filles et nos soeurs ? Que d'écrans de fumée pour dissimuler les carences affectives dans les rapports humains de notre société ?

Aujourd’hui, les musulmans ont conscience qu’ils doivent assumer leurs propres choix de vie, et s’organiser en conséquence, librement, pour vivre leur Islam en France.

L'Islam de France ne se fera pas sans ses imams. Tout comme la République ne s'est pas faite sans ses instituteurs.
Nos imams, qui sont sincères et dévoués à leur communauté, sont tels les instituteurs de la IIIe République. Animés de leur seule foi, ils s'efforcent, malgré les limites de leur formation, à répondre aux demandes des fidèles en s'appuyant sur les avis des savants musulmans de notre génération et des générations précédentes.

Le jour viendra où les imams de France recevront tout le respect qui leur est dû.

Nous, musulmans de France, savons que nous ne réaliserons pas nos aspirations sans la guidance de nos imams, tout comme la République n'aurait jamais pu concrétiser ses objectifs sans les efforts de ses instituteurs.

Les besoins de formation, dans le domaine religieux, tant de nos imams, que des membres de notre communauté, nous amènent logiquement à évoquer les conditions d'organisation de nos institutions cultuelles et éducatives.

Je vous le dis, comme je le ressens, le maraboutisme, la vénération des maîtres et l'ésotérisme, encouragés par les autorités françaises dans l'empire colonial, et toujours promus par certains, ont obscurci l'horizon des dernières générations. Être fidèle aux textes ne consiste pas à être enfermé dans le texte. Se libérer du texte nous prive parfois de la compréhension du contexte.

La France doit faire confiance aux musulmans formés à l'esprit critique de l'école républicaine pour revenir sur les dérives d'une lecture erronée de nos textes fondateurs.

L'Islam et la France méritent que nous nous attelions à cet effort collectif.

Pour ce faire, nous devons, ensemble, sortir du monde de l'après 11 septembre.

Ce monde d'après est celui où les institutions musulmanes de France ne seraient plus contrôlées, plus ou moins directement, par les ambassades de pays étrangers. S'il est toujours légitime que des États étrangers aspirent à organiser le confort spirituel de leur ressortissant, il ne devrait pas en être de même quand il s'agit de l'organisation des institutions créées par des citoyens français de confession musulmane.

La domination exercée sur le culte musulman en France par ces États étrangers, quelquefois orchestrée par les autorités préfectorales de notre pays, devient insupportable pour les musulmans français que nous sommes.

Nous, musulmans français, souhaitons couper le cordon ombilical artificiellement maintenu sous la forme d’une gestion consulaire des institutions musulmanes de France. Ce lien persistant résiste sous divers prétextes dont le plus pervers est celui de vouloir maintenir l'ordre dans les mosquées hexagonales.

C'est cet ordre artificiel qui empêche, aujourd'hui, le débat démocratique au sein des institutions musulmanes de France.

Il nous faut faire évoluer ce statu quo. Je comprends, maintenant, qu'il ne peut se faire qu'avec la participation active des autorités politiques de notre pays. La France doit envoyer un message clair à tous ces États étrangers pour qu'ils cessent de s'ingérer dans les affaires du culte musulman français.

Êtes-vous prêt pour cette révolution arabe dans l'Islam de France ?

La communauté musulmane attend de vous une posture d'homme d'État sur ce sujet qui, comme disait James Freeman Clarke, s’efforce à préparer la prochaine génération, et non celle d'un homme politique prêt à tous les compromis avec ces États étrangers pour gagner la prochaine élection.

L'engagement que je vous propose nécessite beaucoup de courage politique. Malheureusement, je constate, comme vous certainement, que le courage n'est plus une qualité en politique.

Pourtant, l'heure est venue pour la France d'établir un pacte avec sa communauté musulmane.

Quels sont donc les termes du contrat à établir ?

A mes yeux, ils sont simples. En échange de garanties juridiques sur les conditions nécessaires au libre exercice du culte musulman, la communauté musulmane doit s'engager à intégrer, dans son mode d'organisation, les normes démocratiques que la République française s'est fixée, à elle-même, souvent à l'issu de débats violents.

Notre défi, c'est l'obligation du débat démocratique. Celui-ci doit s'inviter au sein des institutions musulmanes.

C'est le défi essentiel que doive relever les Français musulmans de notre génération.

Ce défi ne sera relevé que si, libérés des contraintes imposées par les États étrangers, et jusqu'alors, plus ou moins acceptées par les autorités françaises, les musulmans, s'étant donner les moyens financiers d'agir, délibèrent démocratiquement au sein de conseils qui acceptent la publicité de leurs débats.

Il nous faut, dès lors, prendre le temps d'analyser la situation financière des institutions musulmanes françaises.

La main mise des États étrangers sur l'Islam de France s'opère principalement par le bais des budgets mis à la disposition des ambassades pour avoir le contrôle sur les institutions musulmanes de France.
Il arrive que ces institutions forcées à intégrer le giron d'un État étranger soient, à l'origine, un projet local d'une petite communauté bien intégrée dans son environnement.

Le dernier épisode de ce phénomène a eu lieu en Seine-Saint-Denis. Il concerne la ville d'Épinay-sur-Seine.
Il m'amuserait de noter que c'est dans cette ville, chère à Jaurès, un des pères de loi de 1905, que se joue une nouvelle version de la guerre entre le ministre du culte et le maire. Si ce n'était que cet épisode s’est déroulé sur fond de malversation financière, de tentative d'infiltration de sectes musulmanes (chiite), de captation du travail d'une communauté, jusqu'ici sereine, par une grande mosquée de la région parisienne, et sous l'intervention directe du personnel diplomatique d'une ambassade, et de services de renseignements étrangers plus que menaçants.

Les musulmans français se demandent légitimement sur la base de quelles considérations les autorités françaises continuent-elles à cautionner ces situations ?

Pour éviter d'avoir à rejouer la tragédie d'Épinay-sur-Seine dans d'autres villes de France, la communauté musulmane préférerait à l'avenir que ses lieux de cultes puissent être financés sur des fonds exclusivement privés.

Nous sommes convaincus que, chaque devoir devant être accompagné d'un droit, l'obligation qui est faite à la communauté musulmane française d'assumer son indépendance, hors de toute ingérence étrangère, doit se réaliser avec tous les moyens de financement que la législation autorise, et, donc, sans se voir appliquer des règles de contrôle discrétionnaire et dérogatoire qui deviennent au final discriminatoires.

J'évoque, ici, tous les contrôles opérés par les cellules spécialisés dans le renseignement économique qui feignent, jusqu'ici encore, ne pas faire la différence entre le financement d'une activité cultuelle ou culturelle et celle d'une action terroriste.

Par cela, j'évoque aussi les contrôles administratifs qui sont « spontanément » opérés sur les entreprises ou les particuliers qui font des dons aux associations musulmanes.

Les musulmans de France vous sauront gré de faire en sorte que les outils d’une efficacité redoutable aux mains de l’administration, comme Tracfin, et qui ont pour objectif de lutter contre la délinquance financière, ne finissent pas par servir, par un usage détourné, à empêcher l'indépendance des institutions musulmanes de France.

Pour mettre sur pied cette indépendance financière de nos institutions, une fondation des oeuvres de l'Islam ou un fonds de dotation pourrait utilement favoriser l'expression réelle d'un droit à solliciter et à recevoir des contributions volontaires, financières et autres, de particuliers et d'institutions en France et à l'étranger, conformément à l'article 6 de la Déclaration sur l’élimination de toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction de 1981 des Nations Unies que la France a signée.

D'autant que, bien naturellement, les difficultés financières de l'État et de nos collectivités territoriales n'encourageront
personnes à l'avenir à rechercher des financements publics.

Le regretté Philippe SEGUIN, grande figure de la République, s'étaient battu en son temps pour obtenir l'indépendance financière de la Cour des Comptes avec comme principal argument qu'elle permettrait une plus grande indépendance des juridictions financières.

Avec la même conviction, j’affirme que les musulmans de France ont, à leur tour, besoin de jouir pleinement de leur indépendance financière pour assurer pleinement l'indépendance de leurs décisions. Quelle organisation humaine regroupant plusieurs millions de personnes peut se dispenser d'un budget conséquent ?

A charge des responsables des associations musulmanes de mettre en place les règles de contrôles qui garantissent aux donateurs la juste utilisation des deniers collectés. Là, encore, la publicité des choix budgétaires autorise à espérer un approfondissement du lien de confiance entre la communauté musulmane et ses institutions.

La responsabilité que les musulmans sont sensés naturellement portés sur les enjeux financiers de la collectivité devraient les amener à concevoir positivement les efforts budgétaires que vous envisagez pour notre pays. L'Islam nous invite à ne consommer des biens de ce monde que ce que nous sommes capables d’assumer. A vivre selon ses moyens.
Aussi, je vous invite à souligner auprès des musulmans que vous rencontrerez pendant votre compagne qu'ils doivent prendre tous les discours politiques flatteurs qui produisent toujours plus de dépense publique comme contraire à leur religion qui, à ce propos, et dans la grande tradition des religions révélées, interdit de fuir ses responsabilités.

****

Dans un second temps, je m'adresse à vous en tant que frère de l'exil. Nous sommes nombreux en France à avoir l'honneur de se reconnaître dans cette formule.

L'exil n'est pas une fuite. Il est rarement facile et volontaire. Son appel est toujours douloureux.

Aujourd'hui, je souffre de voir des Français musulmans, formés par l'école de la République, quitter leur pays pour exercer leurs compétences dans des pays du Golfe. Parce qu'ils s'y sentent reconnus dans leurs compétences et acceptés dans leur identité musulmane.

Pour stopper ce phénomène, la France doit encourager l’entrepreunariat dans la communauté musulmane, notamment grâce aux financements nouveaux qu’autoriseraient le développement en France des outils de la finance islamique.

Je vous rappelle qu'il s'agit d'une finance à risque partagé qui met en application l'interdiction de l'usure fixée dans tous les textes révélés. Ce risque partagé est sensé prémunir les cocontractants de la logique qui a prévalu dans la crise des subprimes. Dans la finance islamique, le prêteur n'a aucun intérêt à miser sur le défaut de paiement de son créancier. Il a au contraire tout à y perdre. Ce qui a pour corollaire de modifier considérablement les règles du jeu économique.

Les grandes banques traditionnelles, qui craignent d'être remises en cause dans leur propre modèle économique, freinent tous les projets de développement de la finance islamique en France. Sommes-nous plus incompétents, que les pays étrangers riverains, pour faire concilier un réseau de banques traditionnelles avec un réseau de banques éthiques ?

Il m'est fort désagréable de constater que Bercy et la Banque de France ont une large part de responsabilité dans cette situation.

Aussi, les musulmans de France ne peuvent plus fonctionner sur le modèle de la tontine pour financer leurs investissements personnels ou professionnels. Ils doivent passer à la finance du XXI ème siècle. Ils ont, comme tous nos concitoyens, le droit de bénéficier de la sécurité juridique maximale pour leurs opérations financières en préservant, comme ils le souhaitent, la conformité nécessaire avec leurs valeurs morales.

Êtes-vous prêt à contraindre le secteur financier traditionnel à ouvrir un espace, y compris pour la banque de détails, pour le développement de la finance islamique en France ?

Êtes-vous prêt à laisser les grandes banques du Golf, spécialisées dans la finance islamique, s'installer en France ?

Ou bien un ami spécialiste de la finance islamique, et qui s’est exilé, avait-il raison quand imitant Victor HUGO, il m'affirmait : « quand la liberté rentrera, je rentrerai ! ».

Au cours de cette campagne, je vous supplie de faire en sorte que la liberté rentre en France.

Un autre exil, plus douloureux encore, est celui de la perte de nos valeurs morales.

Jusqu'ici, je vous ai volontairement épargné l'évocation dans le détail des pères absents, des mères célibataires, des enfants qui grandissent sans références que vous avez eu l'occasion d'évoquer dans votre campagne précédente.

A l'époque, je m'étais senti humilié par ce qui s'apparentait à un déballage public des défauts supposés d'une communauté. Aujourd'hui, je comprends qu'elle peut être vue comme le fruit d'un relevé fidèle et factuel de l'état social de ma communauté. C'est que la cellule familiale musulmane en France subit les mêmes tensions que celles des autres communautés de notre pays.
J’estime que la défense de la famille, qui est le bien commun de l'humanité, doit rester, pour les croyants, la première justification de leurs engagements en politique.

****

Dans un dernier temps, je m'adresse à vous en tant que frère en humanité en vous conviant à la méditation d'une parabole de notre prophète sur la solidarité entre les membres d'une société.
Il nous dit :
« Le cas de celui qui respecte les limites, comparé à celui qui les transgresse, ressemble à ces gens qui tirent au sort pour se réserver des places à bord d’un bateau; certains obtiennent le pont supérieur et d’autres vont à la cale. Lorsque ces derniers ont besoin d’eau, ils doivent nécessairement passer par le pont supérieur. Afin de ne pas déranger ceux du pont supérieur ils suggèrent de creuser un trou dans le fond de la cale. Et si, ceux du pont supérieur les laissent faire, tout le monde fera naufrage; au cas contraire tout le monde sera sain et sauf. »

Depuis trop longtemps, nous avons, tous, expérimenté l'ignorance et la haine de l'Autre. Pourquoi ne pas essayer la connaissance mutuelle et l'amour de l'Autre ?

Dans les mois qui viennent, vous aurez quelques réticences à prendre des risques politiques suivant en cela les conseils
de vos amis de tous les horizons :

Les chrétiens vous reprocheront nos mosquées pleines. Les églises n'étaient-elles pas déjà vides avant la présence
massive des musulmans en métropole ?

Les israélites vous reprocheront notre position quant à la question palestinienne. N'ont-ils pas reçu le commandement
disant « tu aimeras ton prochain comme toi-même » ?

Les agnostiques et les rationalistes vous reprocheront notre attachement à Dieu. La liberté de douter, ou de s’abstenir, ne fait-elle pas miroir à la liberté de croire ?

Quant au Parti Socialiste, les Français de toutes les confessions ne pourront que constater qu'il se fait l'allié du Front National sur la question de la place de l'Islam en France.

****

Avec cette lettre, je me suis attaché à vous démontrer que le destin des musulmans, de métropole et d’outre-mer, est désormais lié à celui de tous leurs concitoyens. Les difficultés sur le plan économique et financier, qui s’annoncent, le confirmeront bientôt douloureusement.

J'aurais pu ajouter, aux propositions prioritaires que je viens de faire, l'intérêt d'introduire, dans notre constitution, un droit à l'objection de conscience, eu égard à la règle de l'abstinence dans nos religions. J'aurais voulu vous proposer d'être à l'origine d'une grande loi contre l'Islamophobie à l'image de celle contre l'antisémitisme.

J'aurais aimé vous convaincre du caractère opportun de proposer l'automaticité de la reconduction du titre de séjour des parents et grands-parents d'enfant français. Pourquoi, aussi, ne pas introduire dans le code du travail, comme dans le monde asiatique, une pause liberté non rémunérée de 30 minutes pour méditer, lire, prier ou s’adonner à la relaxation ?

****

Vous l'aurez compris les miens au fond de la cale, ce sont mes grands-parents et mes parents qui ont offert leurs vies à la France, mes frères en religion, mes frères de l'exil, mes frères en humanité qui n'ont pas laissé entrer la haine de l'Autre dans leurs coeurs.

J'adresse, à Dieu, une prière sincère pour la réussite de toutes vos initiatives politiques qui répondront à l'intérêt général.

J'ai l'intime conviction que vous ne serez le prochain Président de la République qu'à la condition de faire cette « révolution arabe » en France.

J'espère que la campagne, qui s'ouvre, sera pour vous l'occasion d'apporter des solutions aux problèmes de la communauté musulmane de France, et aux nombreuses difficultés de nos concitoyens.

J'avoue rêver, aussi, d'un grand discours, prononcé par un Président de la République Française, sur le thème de la République, l'Islam, et ses musulmans.

Un discours qui ne serait pas destiné à flatter les musulmans, mais à faire entrer dans la conscience collective la réalité musulmane de notre pays.

Aujourd'hui, vous pouvez faire de l'Élysée, non pas les portes de l'Enfer comme dans la mythologie grecque, mais le symbole de la Justice rappelant en cela la belle qualité du prophète Élisée.

Pour finir sur une note d'espoir, je veux vous faire une dernière confidence.

J'ai un dernier point commun avec vous. Il s’agit d’un enfant né, comme le vôtre, le 19/10/2011. Mon quatrième aussi.

Je ne crois pas au hasard. Pour nos enfants, et tous les enfants de notre pays, nous devons croire en l'Avenir.

Daignez agréer, Monsieur le Président, Très cher frère de l'exil, Très cher frère en humanité, l'hommage de mon profond respect et de ma reconnaissance infinie.

Zahir ALI CHERIF
dit Le Zéphyr

 

 

Commentaires  

 
-1 #20 salek 2012-02-05 17:04 …allah soubhana tahlla nous dits de patienter et faire montrer 1 bon conportement enver tout le monde pour reuissire a sintègurè dans le monde nous les muslement religion de tolèrence et respect et de droiture comme notre prophetes mohamed pais sur lui il ni ya pas de secret se le conportement qui conte et on a rivera a obtenire quelque chose inchallah. mes freres et soeure…salamala ykoume Citer
 
 
+2 #19 salek 2012-02-05 16:50 …tres bonnes initiative mon freres mais ta lettre il ne va pas la lire il a dautre soucie.cet un president sortants… Citer
 
 
+3 #18 Lumière 2012-02-05 14:08 Salam à l'auteur, à l'UAM 93 (destinataire de la lettre introductive), aux lecteurs et lectrices,

C'est curieux de commencer la lettre par :
Monsieur le Président de la République,
Très cher frère de l'exil,
Très cher frère en humanité,

Qu'au milieu de la lettre, vous affirmez :
Pourquoi sommes nous devenus ennemis les uns des autres ?

A la fin de la lettre, vous terminez par :
Daignez agréer, Monsieur le Président, Très cher frère de l'exil, Très cher frère en humanité, l'hommage de mon profond respect et de ma reconnaissance infinie.

Difficile à cerner : de commencer par trés cher frère, de suivre par ennemi et de terminer par reconnaissance infini ?

Cher Zéphyr, de quel droit vous permettez vous de parler au nom des musulmans, pour dire qu'ils sont devenus les ennemis des autres ? car vous généralisez et ne dites pas l'un de l'autre…
Vous n'épargnez ni partis politiques, ni CFCM, inévitablement ni CRCM, ni les consulats, ni les individus de tout bord, (exceptés votre association et Mustapha, de qui s'agit-il ? ):

- Je suis votre frère zahir, trésorier de l'Association Génération Avenir à Saint-Denis. Ma démarche est personnelle et elle n'engage pas l'Association dans laquelle je m'investis. Bien sûr, j'en ai parlé à Mustapha qui comme toujours m'a encouragé à être patient.
- Vous pouvez avoir confirmation de cela auprès de Mustapha auprès de qui j'ai appris l'humilité et la persévérance dans l'engagement.
Donc, à part l'association Génération Avenir à Saint Denis, toutes les autres associations musulmanes de France ne servent à rien.

et vous prétendez enfin : je ne suis qu'un bienfaiteur de l'ombre. Je n'aime pas la lumière.

risque oh combien évident d'aveuglement, même pour un inspecteur des finances…

Fraternellement
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0 #17 Nagia 2012-02-05 04:50 J'aime cette réflexion bonnette et courage. Je ne partage pas tout mais tu donne un point de vue claire et sans ambiguité et s'est tout a ton honneur. Je pense que je vais la partager!!! Citer
 
 
0 #16 Sab 2012-02-05 01:02 Très belle lettre ! Certes un peu longue mais pleine de bon sens…
Les fautes d'orthographe ont l'air très présentes pour toi no et pourtant…
Bref, fautes qui énervent ou non, le but ici est de faire prendre conscience à certains non musulmans, de la beauté de l'Islam…
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+6 #15 beny 2012-02-03 00:39 et blablabla…sarko degage un point c'est tout.holland tu vaux pas mieux.marine t'es une folle, ya personne pour nous à part nous-meme!! (Allah sobhanou et son prophete avant bien sur…) Citer
 
 
+3 #14 haqqtiviste 2012-02-02 19:47 "racaille", "karcher", "casse toi pauv'con", etc… et vous vous adressez à ce type avec espoir ?

Hier la république et les prédécesseurs de Sarko colonisaient vos pays et vos parents, aujourd'hui vous leur faites la mendicité ?!?

arrêtez d'instrumentalise r les muslims svp, si vous êtes naïfs, nous ne le sommes pas. salaam
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+2 #13 Colette Friedlander 2012-02-02 12:01 Très belle lettre, mais peut-on comprendre en quoi le Parti socialiste serait devenu l'allié de Marine Le Pen quant à la place de l'Islam en France ? Dans mon quartier, c'est la mairie socialiste qui utilise toutes les possibilités offertes par la loi pour permettre la construction d'une mosquée. Ce sont les socialistes qui ont sécurisé la situation juridique des immigrés, chose que vous demandez à juste titre, en instituant la carte de dix ans avec renouvellement de droit, lequel a été supprimé ensuite par Sarkozy. Et s'il n'y a pas encore assez d'élus musulmans en France, il y en a deux fois autant au PS qu'à l'UMP. Citer
 
 
+1 #12 Rachel 2012-02-01 16:28 Bonjour Monsieur,
Touchée par ces belles paroles, et espérant que vous aurez l'écoute que vous attendez.
Je pense que l'objectif est claire.
Salam.
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-1 #11 no 2012-02-01 09:10 C'est quoi votre objectif ?

Et pour l'orthographe, on repassera…
Citer
 

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